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Mes racines

Je ne sais pas trop où mettre ce blogue parce que dès le départ j’ai développé des catégories distinctes sur Evidentia telles que l’environnement, la santé et la justice. Ce que je m’apprête à dire tombe dans toutes ces catégories à la fois, mais je me dis que je pourrais classer ce blogue dans la catégorie santé, car le thème du blogue concerne ma vie.

Scène dans les Cotswolds

Scène dans les Cotswolds

En écoutant toutes les histoires de famille, j’ai longtemps eu l’impression, pour une raison bien obscure, que nous étions avant tout d’origine écossaise, et ce, même si mon nom de famille vient de la partie occidentale du comté anglais d’Oxfordshire ainsi que plusieurs autres petits bleds dans les monts Cotswolds du sud-ouest de l’Angleterre (la région de Harry Potter), alors que l’idée selon laquelle nous étions écossais était une valeur solidement ancrée dans la mythologie de famille. Je crois que nous tous, nous venons d’un peu partout, et c’est tant mieux comme ça.

J’ai eu l’idée de faire des recherches sur l’histoire de ma famille, principalement dans le but d’offrir un cadeau de Noël à ma mère, Eleanor Jean Grant Tombs, maintenant âgée de 89 ans: c’est en le faisant, que j’ai découvert que les racines ne sont pas si simples que ça.

Ma mère, Eleanor Jean Grant Tombs

Ma mère, Eleanor Jean Grant Tombs

Bien sûr, nous sommes d’origine écossaise, mais nous sommes aussi (évidemment) d’origine anglaise: voilà un fait irréfutable qui remonte en ligne droite aux Pères pèlerins du Mayflower et à de nombreux puritains. Si vous ne trouvez pas le mot «puritain» à votre goût, sachez qu’à l’époque coloniale, mes ancêtres ont dû fuir la théocratie tyrannique de Boston, pour aller vivre dans des grottes au Connecticut. Heureusement, des autochtones de la Nouvelle-Angleterre les ont aidés à y survivre …

Nous faisons également partie de la nation canadienne-française, à la fois au Québec et en Acadie, car notre ancêtre Jeanne Loisel est née à Montréal en 1649, alors qu’un autre ancêtre, Guillaume Trahan, s’est établi à Port-Royal en 1636. Bien que j’apprécie l’aventure étonnante du Québec depuis la Révolution tranquille (qui a commencé au début des années 1960, à quel moment les Québécois francophones ont commencé à se relever), l’Acadie pour moi est un pays ayant été soumis à un véritable génocide, dans les années 1750, lorsque les troupes britanniques ont déporté de nombreux Acadiens vers la Louisiane, les Carolines, la Guyane française, et la France elle-même, sans oublier que de nombreux Acadiens sont morts en mer, lorsque les vaisseaux les transportant de force ont coulé dans des tempêtes au milieu de l’Atlantique.

De plus, je suis d’origine narragangsett et wampanoag (le nom de cette dernière nation se prononce Wampa-NOH-ag), puisque dans mon arbre généalogique j’ai plusieurs ancêtres provenant de ces nations de langue algonquienne, enracinées en Nouvelle-Angleterre. Les Narragansetts vivent dans le Rhode Island, et ont été les premiers à rencontrer l’explorateur italien Giovanni da Verrazzano, en 1524.

Un amérindien Narragansett

Un amérindien Narragansett

Quel méli-mélo, me direz-vous! Une chose étrange s’est produite alors que je travaillais là-dessus pour le cadeau de Noël que j’allais offrir à ma mère, il y a quelques années. J’ai finalement accepté que je ne suis pas un Européen transplanté en Amérique du Nord… Bien au contraire, je suis un genre de terrain d’entente vivant de peuples divers.

J’espère enquêter côté Narragansett et Wampanoag plus tard cette année.

J’ai été un tas de fois chez les Inuits au nord du Canada: j’y ai développé la conviction que les gens peuvent simplement s’entendre, tout en reconnaissant les problèmes historiques vécus par différentes nations et communautés. J’aime beaucoup rendre visite aux Inuits: je suis en train de réaliser un film à ce sujet en ce moment…

Quoi qu’il en soit, je vous tiendrai au courant au fur et à mesure de mes découvertes. J’aime l’idée selon laquelle il n’y a pas une seule façon de faire les choses…

Un film environnemental qui vaut le détour

Le weekend dernier, j’ai vu Chercher le courant, un film de Nicolas Boisclair et Alexis de Gheldere. Le comédien Roy Dupuis présente le film et fait la narration. Le film vaut le détour, et je vous le recommande.

La Romaine

La Romaine

Chercher le courant documente l’écosystème de la rivière La Romaine, et en tant que film engagé se lève contre un nouveau projet d’Hydro-Québec visant à générer 1550 MW d’électricité. Ce projet, au coût de 6,5 milliards de dollars, créera plusieurs barrages le long de La Romaine, rivière magnifique sur la Basse Côte Nord, au sud du Labrador, faisant 300 km. de long, et se déversant dans le golfe du St-Laurent. On y construira quatre centrales, tout en modifiant à jamais la rivière ainsi que son écosystème qui comprend le saumon sauvage, la truite mouchetée, le caribou, l’ours noir, ainsi que les oiseaux migrateurs. Lors de l’inondation d’un assez grand territoire, il est probable que des niveaux dangereux de mercure actuellement enfouis dans les sols seront relâchés dans les réservoirs d’eau douce.

Le film est très engageant, car il suit une expédition en canoë de jeunes écologistes enthousiastes, aussi bien francophones qu’anglophones, qui descendent la rivière, tout en faisant des portages autour de plusieurs cascades et rapides magnifiques. Le film remet en question la logique économique du projet hydro-électrique. De manière générale, les projets hydro-électriques au Québec dépassent les coûts initialement prévus de quelque 26%. Ce qui fait que le coût réel du projet La Romaine pourrait monter à quelque 8,2 milliards de dollars. Et l’énergie produite – 8 TWh chaque année – sera coûteuse. Selon Hydro-Québec, son coût de production moyen en 2009 était de 0,02$/kWh, alors que l’énergie produite dans le cadre du projet La Romaine coûtera près de 0,10$/kWh.

logo_hydroquebecHydro-Québec est-elle devenue un puissant outil du capitalisme d’État, et même du «capitalisme d’État sauvage», délaissant ainsi sa vocation originale?

Les importateurs américains accepteront-ils de payer plus cher l’électricité qu’ils font importer du Québec?

Les consommateurs d’énergie au Québec finiront-ils par subventionner les exportations vers les États-Unis?

L’hydro-électricité constitute-t-elle vraiment une énergie verte?

Lors d’une entrevue, l’ancien premier ministre du Québec Jacques Parizeau demande ce qui coûterait plus cher – un programme de conservation et d’efficacité énergétique, ou de nouveaux barrages. Le film explore toute une série de pratiques éco-efficaces et de sources d’énergie durable, des logements économes en énergie jusqu’au biogaz et à l’énergie géothermique, tout ceci dans le but de démontrer qu’il existe des alternatives meilleur marché au projet La Romaine, dont la construction a débuté en 2009.

J’ai été surpris que l’équipe du film n’a montré aucune rencontre avec les habitants autochtones du bassin de la rivière La Romaine, les Innus (autrefois appelés les Montagnais). Cependant, j’ai bien aimé la façon dont ces jeunes artisans, mus  par leur amour de la terre et d’un fleuve grandiose, réunis autour d’un projet, ont réussi à sortir un beau film sans grands moyens financiers – un film démontrant qu’il doit y avoir une meilleure façon de vivre.

Roy Dupuis

Roy Dupuis

http://www.chercherlecourant.com/en/film/equipe/

Conrad Black – V

Photo d'identité judiciaire de Conrad Black

Photo d’identité judiciaire de Conrad Black

Étant donné la décision aujourd’hui de la Cour d’appel à Chicago (le 29 0ctobre 2010), il est clair que toute une partie de la vie de Conrad Black vient de se terminer – sept ans pendant lesquels se sont succédés des allégations, des enquêtes criminelles, ses propres interminables auto-justifications, le procès criminel en 2007 auquel j’ai assisté, le verdict de culpabilité, les appels et les revirements spectaculaires en Cour Suprême... Finalement, la Cour d’appel a maintenu une condamnation pour fraude, qui représente quelque chose comme six mois de sa peine originale de six ans et demi (de cette peine, il a déjà purgé deux ans et quatre mois). Il n’a pas jugé bon de porter en appel sa condamnation pour entrave à la justice, qui représente quelque chose comme cinq ans de cette peine.

Les médias torontois veulent nous faire croire qu’il s’agit d’une victoire partielle pour Conrad Black, citant à cet effet des «experts juridiques» anonymes, selon lesquels il y a peu de chances que M. Black doive retourner derrière les barreaux. Je ne suis pas d’accord. La juge Amy St. Eve a l’habitude d’imposer des peines assez lourdes. Il ne fait aucun doute maintenant que M. Black est un criminel reconnu coupable, et il devra faire face aux conséquences de ses gestes. Pour le moment il est en liberté sous caution, mais je crois qu’il devra purger encore «un bon boutte en-dedans» – peut-être deux ans de plus.

Voici les dernières phrases de mon ouvrage de 2007, Le baron Black: «Quelle prétention Conrad Black avait-il à la grandeur historique? De tous les plus grands requins canadiens de la finance, il fut le seul à se faire prendre.» Quand un homme doit débourser 100 millions $ pour défendre sa propre réputation, c’est qu’il l’a déjà  perdue. À vrai dire, je n’ai rien d’autre à ajouter.

PS. 17 décembre 2010: Après avoir tenté de convaincre la Cour d’Appel à Chicago de reconsidérer (en banc et pour une dernière fois) sa condamnation pour fraude (il espérait sans doute que la condamnation pour entrave à la justice allait tout bonnement s’annuler d’elle-même), Conrad Black vient de perdre une autre manche. Vraisemblablement il devra retourner derrière les barreaux début 2011.

13 janvier 2011: La date fixée aujourd’hui à Chicago pour la prononciation de la sentence de M. Black est bel et bien le 24 juin 2011, soit la St-Jean-Baptiste.

31 mai 2011: La Cour suprême des États-Unis rejette l’ultime appel de M. Black

24 juin 2011: Prononciation de la nouvelle sentence: 16 mois, pas trop loin de ma prédiction (voir ci-haut) de deux ans…

6 septembre 2011: Conrad Black se rend à la prison fédérale de FCI Miami, où, selon la règle voulant qu’il fasse 85% de sa sentence, il devra purger 13 mois et demi derrière les barreaux. Jusque-là le détenu le plus notoire ayant séjourné dans cette prison était Manuel Noriega, cet ancien dictateur militaire panaméen, narcotrafiquant, assassin et agent de la CIA qui se trouve aujourd’hui dans une prison française…

Conrad Black – IV

Conrad Black pourrait-il être acquitté de fraude, ou pourrait-il plutôt devoir purger encore trois ans en prison?

Conrad Black pourrait-il être acquitté de fraude, ou devrait-il plutôt purger encore trois ans en prison?

Beaucoup de gens se demandent ce qui va se passer, maintenant que la Cour suprême américaine a invalidé la condamnation de Conrad Black pour fraude (comme elle a statué que la loi sur les «services honnêtes» a été mal appliquée lors du procès criminel de M. Black, en 2007). La Cour suprême a donc renvoyé l’affaire à la Cour d’appel du 7e circuit, à Chicago.

Les juges de la Cour d’appel, qui est présidée par le juge Richard Posner, vont-ils statuer que la condamnation de Conrad Black pour fraude a été obtenue de façon préjudiciable (le jury ayant reçu des instructions erronnées)? Dans ce cas, la Cour va-t-elle être obligée, en conséquence, d’acquitter M. Black des trois chefs de fraude?

Ou les juges vont-ils plutôt statuer que lors de son procès criminel en 2007, le gouvernement américain a établi suffisamment de preuves de fraude conventionnelle pour confirmer la condamnation pour fraude de M. Black, ce qui impliquera forcément son retour en prison?

L’on peut se faire une idée de ce qui risque de se passer, en lisant la décision du juge Posner, en date du 25 juin 2008, lors de l’appel précédent de M. Black.

Le juge Richard Posner est une sommité américaine en matière de criminalité économique

Richard Posner est juge à la Cour d’Appel à Chicago

Le juge Posner est une sommité américaine en matière de criminalité économique. Dans son jugement de 2008, il a écrit: «Hollinger avait une filiale dénommée APC, qui possédait un certain nombre de journaux que [Hollinger] était en train de vendre. Lorsqu’il n’en restait qu’un seul à vendre – un hebdomadaire à Mammoth Lake, en Californie (dont la population était de 7.093 en 2000, l’année précédant la fraude) – le défendeur [Mark] Kipnis, conseiller juridique  de Hollinger, a préparé et signé au nom de l’APC une entente visant à verser aux autres défendeurs [Conrad Black, Peter Atkinson et John Boultbee], de même que David Radler, un autre dirigeant de Hollinger et un actionnaire important de Ravelston [une société de portefeuille contrôlée par Conrad Black, dans laquelle David Radler détenait une part minoritaire importante] la somme de 5,5 millions de dollars en échange d’un engagement de leur part de ne pas rentrer en compétition avec l’APC pendant les trois ans suivant leur départ de Hollinger. Cet argent a été versé ….

«Même si Hollinger est une société publique à la fois grande et complexe, aucun document n’indique que le versement de ces 5,5 millions de dollars a jamais été approuvé par la Société ou inscrit dans ses livres comme ayant été crédité à son compte de frais de gestion. Les chèques ont été payés par l’APC, même si la poursuite a établi que les défendeurs n’avaient aucun droit à des frais de gestion provenant de cette dernière société, ces chèques ayant  été antidatés à l’année au cours de laquelle l’APC avait vendu la plupart de ses journaux … Et tandis que les frais de gestion étaient censés être versés à Ravelston ainsi que sur un compte de frais de gestion, les paiements ont été faits directement aux défendeurs à titre personnel et provenaient du produit de la vente de journaux. Ces derniers faits rendent encore plus invraisemblable la supposition consistant à prétendre que ces paiements directs versés aux défendeurs ont été versés afin que Hollinger puisse régler une dette envers eux…

Lorsque l'APC a versé ces frais dans le cadre d'une entente de non-concurrence, il ne lui restait qu'un seul journal, à Mammoth Lake, Californie (population 7,093)

Lorsque l’APC a versé ces frais «dans le cadre d’une entente de non-concurrence», il ne lui restait qu’un seul journal (tirage payé net moyen en octobre 2001: 5974), à Mammoth Lake, Californie (population 7093, altitude 2363m)

«Qui plus est, les défendeurs ont omis de divulguer le montant de 5,5 millions de dollars en paiements dans le rapport 10-K qu’ils étaient tenus de déposer annuellement à la Securities and Exchange Commission [la Commission fédérale des valeurs mobilières, aux États-Unis.] Et ils ont fait en sorte que Hollinger représente à ses actionnaires de façon erronée que les paiements avaient été effectués afin de satisfaire à une condition de clôture.

«Bien d’autres preuves de la fraude ont été établies, mais ce n’est pas pertinent de rentrer dans tous ces détails… La poursuite a établi la preuve d’une fraude conventionnelle, c’est-à-dire, un vol d’argent ou d’autres biens de Hollinger au moyen de déclarations et d’omissions trompeuses qui équivalent à de la fraude, en violation de la loi 18 USC § 1341. United States v. Orsburn, 525 F.3d 543, 545-46 (7th Cir. 2008). Mais le jury a également été informé qu’il pouvait condamner les défendeurs sur la base d’un complot qu’auraient commis ces derniers en vue de priver Hollinger et ses actionnaires de leur droit intangible aux services honnêtes des officiers, administrateurs et actionnaires de référence de Hollinger, ‘pourvu que l’objectif de ce complot ait été l’enrichissement personnel.’ Dans le cas présent, c’est bien cette directive qui fait l’objet de l’appel …

«Donc, si le jury a conclu qu’un tel détournement s’était produit, cela signifierait que les parties défenderesses, ayant d’une part privé leur employeur de son droit à leurs services honnêtes et d’autre part obtenu de l’employeur de l’argent en conséquence, seraient coupables de ces deux types de fraude… Il arrive très fréquemment qu’un seul acte viole deux lois criminelles à la fois… Les défendeurs ne contestent pas le fait qu’ils aient cherché l’enrichissement personnel. Mais ils ont prétendu que cet enrichissement était au seul dépens du gouvernement du Canada… En fait, leur argumentation est du type ‘dans le cas où il n’y a aucun dommage, il n’y a aucun mal non plus.’ Généralement, de tels arguments ne sont pas considérés très convaincants en matière pénale …

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«Une erreur dans les directives au jury est soumise à la doctrine de l’erreur inoffensive… Les tribunaux d’appel ne se sont pas entendus sur la question de savoir si le fait de présenter une théorie [dans ce cas, une théorie illégale] des services honnêtes peut y être ou ne pas y être soumis… Mais il y a une grande différence entre, d’une part, le fait de donner une directive qui omet une qualification qui serait requise afin de la rendre valide sans aucune ambiguïté, et d’autre part, le fait de soumettre une affaire à un jury sur la base d’une théorie erronée de la responsabilité pénale … Si le jury avait estimé que les paiements dans le cadre de ces ententes de non-concurrence étaient en réalité des frais de gestion réellement dus aux défendeurs, comme le prétendaient les défendeurs eux-mêmes lors du procès, le jury les aurait acquittés.

«Si l’on avait demandé au jury de rendre un verdict spécial faisant une distinction nette entre les deux types de fraude, et si en rendant son verdict le jury avait indiqué que les accusés n’étaient pas coupables d’une fraude pour services honnêtes, il n’y aurait aucune raison de remettre la directive en question. Les défendeurs n’étaient pas tenus de demander un verdict spécial. Mais dans cette affaire, il y a un détail intriguant: le gouvernement a demandé un verdict qui obligerait le jury à formuler des conclusions distinctes au sujet de la fraude monétaire et de la fraude pour services honnêtes. Les défendeurs s’y sont opposés, car ils voulaient obtenir un verdict général. En effet, ils ont voulu se réserver le droit de porter l’affaire en appel sur cette base, à une date ultérieure.»

Ma lecture de la décision du juge Posner est simple:

  • Il a statué que les preuves d’une fraude conventionnelle commise par M. Black ont été concluantes;
  • Il a statué que les preuves étaient suffisantes pour condamner M. Black;
  • Il a noté que les défendeurs ont cherché à combiner la fraude conventionnelle et la fraude des services honnêtes dans un seul verdict, afin d’avoir de meilleures chances de pouvoir faire appel de la condamnation à une date ultérieure;
  • Si le juge Posner gère la procédure d’appel cette fois-ci, et s’il est cohérent avec son jugement précédent, la condamnation pour fraude de M. Black est susceptible d’être confirmée.

Les enjeux sont très importants pour Conrad Black. S’il devait être acquitté de fraude, la Cour d’appel pourrait décider qu’il avait purgé assez de temps en prison pour entrave à la justice, ce qui voudrait dire que son séjour en prison serait bel et bien terminé, et qu’il serait libre de se concentrer sur tous les autres procès auxquels il participe, soit comme demandeur soit comme défendeur.

Toutefois, si sa condamnation pour fraude devait être confirmée, il aurait épuisé tous les recours. Il n’a jamais fait appel de sa condamnation pour entrave à la justice : il pourrait donc lui rester trois ans de plus à purger en prison, à la fois pour fraude et entrave à la justice. De nouveau installé dans une cellule de prison, je crois bien que ces chances de réussite dans les nombreuses poursuites au civil diminueraient de façon vertigineuse.

Si Conrad Black devait être renvoyé en dedans, il lui faudrait longtemps avant de pouvoir profiter du bon air frais de Mammoth Lake, Californie - la ville associée à sa fraude présumée

Si Conrad Black devait être renvoyé en dedans, il lui faudrait attendre longtemps avant de pouvoir profiter du bon air frais de Mammoth Lake, Californie – la ville associée à sa fraude présumée

Conrad Black – III

Portrait de Conrad Black fait par Andy Warhol

Portrait de Conrad Black fait par Andy Warhol

Et si … Et si Conrad Black se faisait acquitter de fraude plus tard cette année, à la suite de son appel jusqu’en Cour suprême des États-Unis? Autrement dit, si l’invalidation par la Cour suprême de l’utilisation par la poursuite de la théorie des services honnêtes signifiait que la Cour d’appel de Chicago devait invalider sa condamnation pour fraude également? Dès lors, comment sa condamnation pour entrave à la justice aurait-elle encore un sens? (Cette dernière condamnation n’a pas fait l’objet d’appel.)

Je me pose ces questions parce que je me souviens du discours émouvant de Ron Safer, au sujet du pouvoir arbitraire du gouvernment, vers la fin du procès des quatre co-accusés chez Hollinger International (Conrad Black, Peter Atkinson, Jack Boultbee et Mark Kipnis). Selon mes notes, ce discours a dû avoir lieu le 26 juin 2007. M. Safer, avocat criminaliste d’une grande notoriété de Chicago, défendait M. Kipnis, un ancien avocat chez Hollinger International. (Condamné pour fraude, M. Kipnis a également porté en appel cette utilisation de la théorie des services honnêtes devant la Cour suprême des États-Unis.)

Je me souviens qu’en 2007, M. Safer a énuméré les stratégies gouvernementales: par exemple, le gouvernement envoie des lettres Wells (lorsque la Securities and Exchange Commission signifie qu’elle entend bien actionner des individus ou des entreprises); le gouvernement menace les individus de sanctions, de poursuites et encore de radiation; le gouvernement décide de ne pas convoquer des témoins clés; le gouvernement construit sa poursuite de la manière la plus dommageable possible; le gouvernement intimide les témoins afin d’obtenir des condamnations; le gouvernement exerce des pressions sur les témoins afin que ces derniers modifient leurs témoignages, les amenant presque à se parjurer.

Le gouvernement est parfois monolithique

Le gouvernement est parfois monolithique

«Pourquoi le gouvernement vous demande-t-il de prendre une décision critique, sur la foi d’informations incomplètes», lançait M. Safer au jury, «alors que nous [la défense] n’avons pas à prouver quoi que ce soit? … Les témoins se souviennent de ce qu’ils veulent et ils laissent tomber tout le reste. Pourquoi? Parce qu’ils ont été menacés, parce qu’ils appréhendent que la SEC commence à regarder les choses à la loupe, et lance finalement une action en justice contre eux …»

Et M. Safer de conclure, «la pression exercée par le gouvernement est vraiment redoutable. La meilleure manière de mettre à l’épreuve la force de caractère d’une personne n’est pas de savoir ce que cette dernière fait quand tout va bien, mais plutôt de savoir ce qu’elle fait quand tout va mal, quand elle est sujette à des pressions. Vous avez pu constater à quel point le pouvoir du gouvernement est redoutable, mais ce pouvoir atteint sa limite ultime devant la porte de la salle du jury.»

Le discours de M. Safer a certainement touché une corde sensible chez moi: le pouvoir gouvernemental aux États-Unis est effectivement à redouter, surtout dans un contexte où le taux de condamnation des procureurs fédéraux lors de procès criminels est de 95%. Le gouvernement met toutes les cartes de son côté.

En fait, malgré ce discours émouvant, Mark Kipnis a finalement été reconnu coupable de fraude, tout comme Conrad Black lui-même.

Avec le recul, il est clair que M. Black aurait dû contester les stratégies du gouvernement ainsi que l’utilisation de la théorie des services honnêtes dans un éditorial ou encore autour d’un verre pris avec un membre du Congrès. Mail il aurait dû le faire avant que ne se déclare la révolte de ses actionnaires, avant l’effondrement de sa réputation et ses finances, avant que n’existe même l’idée de lancer une enquête criminelle contre lui, sans parler de l’interminable cascade de procès. Ce matin, les journaux de Chicago nous apprennent que l’Internal Revenue Service –  le fisc, donc une autre agence du gouvernement américain – intente une nouvelle poursuite contre M. Black, réclamant 71 millions $ de prétendus arriérés d’impôts. Bien sûr, M. Black se défend vigoureusement: c’est son droit.

Avec le recul, il est clair que le temps pour M. Black de s’opposer aux stratégies du gouvernement n’était certainement pas après sa condamnation, une fois qu’il était déjà installée dans une cellule de prison. Manifestement, tout ce fiasco aurait pu être évité si le principal concerné avait montré plus de prudence. Après tout, comme on dit en anglais, mieux vaut être prudent cent fois que se faire tuer une fois.

Voilà pourquoi je me demande où et quand et pourquoi M. Black a perdu contact avec la réalité. Aurait-il accepté que son destin se joue sur un coup de dés?

Un coup de dées

Un coup de dés

PS: Tel qu’annoncé le 19 juillet 2010, Conrad Black sera libéré sous caution, en attendant la suite de son procès pour fraude.

Conrad Black – II

M. Black, M. Black, une petite question, M. Black...

M. Black, M. Black, une petite question, M. Black...

En 2007, j’ai eu la chance de couvrir le procès criminel de Conrad Black à Chicago, expérience que j’ai trouvée intéressante, notamment parce qu’elle m’a donné la chance de côtoyer tellement d’autres journalistes canadiens, américains et britanniques et de comparer leurs méthodes et perspectives.

Lorsqu’on me posait des questions en entrevue à l’antenne de CBS, CNN, PBS, BBC World ou de Radio-Canada (au réseau français), et je comparais ces questions à celles qu’on me posait en entrevue à CBC et à CTV (deux chaînes canadiennes-anglaises), je me suis rendu compte que partout au monde l’histoire de Conrad Black était considérée comme quelque chose de coloré mais d’une importance relativement mineure, sauf à Toronto, où M. Black était et demeure toujours une célébrité.

Au fur et à mesure que le procès de déroulait, des journalistes au Chicago Tribune et au Chicago Sun-Times, ainsi qu’aux grands quotidiens de Londres - The Independent, The Daily Mail, The Guardian et The Times – me demandait de leur expliquer les positions des différents médias canadiens sur Conrad Black. Comme Montréalais, ils me considéraient non seulement culturellement différent des Torontois, mais aussi indépendant. Cela m’a donné à réfléchir.

D’une part, ces journalistes de Chicago et de Londres n’avaient rien de naïf. Ils avaient couvert de nombreux procès criminels, et assisté à la chute de nombreux magnats des affaires, sans parler de dictateurs étrangers. Ils avaient du flair pour les bons sujets, savaient déterrer de nouveaux détails inédits et évoquer des personnalités hautes en couleur, mais ils prenaient une attitude cynique à l’égard du procès.

David Radler et Conrad Black ont bâti l'entreprise ensemble, et se connaissaient très bien, mais le sort qu leur était réservé était différent

David Radler et Conrad Black ont bâti l’entreprise ensemble, et se connaissaient très bien, mais le sort qui leur était réservé était différent

Selon ces journalistes de Chicago et de Londres, à partir du moment où M. Black, PDG d’une grande entreprise cotée en Bourse, a plaidé le Cinquième amendement (le droit de ne pas s’incriminer soi-même), puis s’est retrouvé devant le tribunal criminel, pour y faire face à un jury, tout était déjà fini. Ils ont formé une opinion de l’ampleur des manigances chez Hollinger International en se penchant sur le cas de David Radler, associé d’affaires depuis toujours de M. Black chez Hollinger International, et partenaire dans leur société de portefeuille privée Ravelston. M. Radler avait conclu une entente avec la justice américaine, avait plaidé coupable à une accusation de fraude, et avait remboursé à la SEC et au Chicago Sun-Times la coquette somme de 72 millions de dollars (selon une autre version, toutefois, l’entente restée confidentielle prévoyait le remboursement de 93 millions de dollars). Il a également dit que cela ne représentait que le début de son expiation, ce qui m’a rappelé un passage de la Bible.

Bien que M. Radler ait dit qu’il allait écrire un livre sur tout ce qui s’était passé, il a pratiquement disparu de la vue depuis sa libération de prison en décembre 2008, après dix mois seulement derrière les barreaux: de retour au travail, il dirige une chaîne de journaux. M. Radler est un homme pragmatique.

Une photo d'identité judiciaire de Conrad Black

Une photo d’identité judiciaire de Conrad Black

M. Black, quant à lui, est en quelque sorte un idéaliste, un homme imbu de lui-même qui cherche à rétablir son nom et à se défendre jusqu’au bout. (La Cour suprême américaine a récemment renvoyé son cas à la Cour d’appel à Chicago: je donnerais à M. Black une chance sur 20 de se faire acquitter dans cette ultime démarche judiciaire, mais force est de constater que même à 5%, il lui reste une petite chance.)

M. Black a purgé deux ans et quatre mois de sa peine, à la prison à basse sécurité Coleman, en Floride. A moins d’un rebondissement spectaculaire, il devra rester en taule jusqu’en octobre 2013.

Au cours de son procès criminel, il a traité ses procureurs de nazis. Il a même dit en entrevue au Guardian que la poursuite était «de la connerie … une farce … un scandale … une fraude totale … … À tous, j’envoie un message. Je dis simplement: C’est la guerre!»

Cette sortie à l’emporte-pièce ne pouvait guère contribuer à la défense de M. Black. Comment quelqu’un qui connaissait à la fois les médias (à titre d’ancien propriétaire de journaux) et le droit (puisqu’il détenait un diplôme en droit de l’Université Laval et un siège en tant que baron à vie et donc de législateur à la Chambre des Lords britannique), pouvait-il se nuire de façon aussi spectaculaire ? Comment quelqu’un qui n’arrêtait pas de se présenter comme un maître stratège pouvait-il courir après la défaite de cette manière? Même si j’ai écrit un livre sur lui, je suis toujours incapable de répondre à ces questions.

M. Black a effectivement placé beaucoup de messages stratégiques dans les médias de Toronto, comptant sur des amis de longue date, ses propres avocats, ses propres écrits dans le National Post, ainsi que sur les journalistes torontois toujours à la recherche de nouveaux angles (fussent-ils spéculatifs) pour réactualiser l’histoire .

Il est normal que certains journalistes de Toronto, comme l’épouse de M. Black, Barbara Amiel, ainsi que ses amis de longue date Mark Steyn et Brian Stewart, aient cherché à le défendre.

Un deuxième groupe de journalistes chevronnés, Peter Worthington et Allan Fotheringham, par exemple, en savaient probablement trop sur les Black pour être en mesure de rédiger un compte rendu impartial. Je mettrais dans une catégorie à part Peter C. Newman, historien des affaires par excellence et biographe de Black. Je me souviens qu’il m’a demandé pendant le procès si nous deux n’avions pas été dupés par M. Black, au point de croire en son génie.

Puis il y avait Steve Skurka, cet avocat criminaliste de Toronto perpétuellement bronzé et bien habillé, qui bloguait tous les jours et écrivait un livre sur M. Black. Il servait également d’analyste juridique pour la chaîne de télévision commerciale CTV. J’ai été surpris d’apprendre qu’il avait défendu la bande de motards les Hells Angels, dans une série de procès hautement médiatisés. Je doute fort que le fait de travailler pour les Hells soit une bonne référence si l’on veut commenter d’autres procès à la télé!

Il y avait un autre genre de pseudo-journaliste de Toronto, cet écrivaillon médiocre qui versait dans l’invective et l’exagération grossière, sans porter attention aux faits. Bon, passons!

Puis il y avait les journalistes plus sérieux, qui travaillaient pour le National Post, le Globe and Mail et d’autres publications. Une fois que leurs rédacteurs avaient décidé que Conrad Black était toujours une célébrité à Toronto, célébrité que les lecteurs se faisaient un malin plaisir de détester, ces journalistes devaient construire leurs reportages en mettant en évidence les critères journalistiques typiques de la presse écrite.

Ces critères journalistes sont: l’impact, l’actualité, l’importance, la proximité, la bizarrerie, le conflit et la fréquence (ou à la capacité à se renouveler). Remarquez bien que la «réalité» ne figure pas sur cette liste!

Les journalistes de Chicago et de Londres m'ont dit à quel point ils étaient étonnés par l'attitude des reporters de Toronto qui couvraient le procès

Les journalistes de Chicago et de Londres m’ont dit à quel point ils étaient étonnés par l’attitude des reporters de Toronto qui couvraient le procès

En même temps, ces journalistes de Toronto se trouvaient devant un dilemme, celui d’écrire du journalisme-célébrité à propos de M. Black, ce qui leur demandait de maintenir l’accès au principal concerné pendant le procès (ce qui exigeait une attitude de flatteurs), d’écrire parfois sur la façon dont M. Black et Barbara Amiel vivaient le procès et se présentaient en salle d’audience au lieu de rapporter ce qui s’y passait réellement, et donc de ramasser chaque miette que M. Black laissait tomber, tant que cette miette correspondait aux critères journalistiques que je viens de mentionner. Ce qui voulait dire qu’ils étaient en relation de dépendance, et non pas d’indépendance.

Je qualifierais le résultat final de «distorsion narrative». Ces journalistes rédigeaient des reportages à gros coups de pinceaux, choisissaient des preuves en fonction de leur impact narratif; rafraîchissaient le sujet en personnalisant les détails et en mettant en contraste différentes hypothèses quant à l’aboutissement éventuel du procès, et tenaient à réactualiser le sujet quitte à miser sur des aspects plutôt spéculatifs (telle chose avait des chances de se produire, telle chose n’avait aucune chance de se produire, que faire si telle chose arrivait, ce qui selon eux était supposé se passer, ce qui selon eux n’était pas supposé se passer).

Un détenu non-identifié avec Conrad Black, à la prison à basse sécurité de Coleman

Un détenu non-identifié avec Conrad Black, à la prison à basse sécurité Coleman

Voilà bien pourquoi l’histoire de David Radler est bel et bien terminée, alors que la saga de Lord Black fait toujours la une … à Toronto.

Il faut dire que c’était facile pour moi de couvrir le procès, puisque j’écrivais un livre, pas un article quotidien sur le procès: je n’avais qu’à attendre le verdict, pour décrire ce qui s’était passé. Lorsqu’on m’interviewait à la télévision pendant le procès, je rappelais aux spectateurs, avec lassitude, que nous sommes tous innocents jusqu’à preuve du contraire, ce qui a fait dire à certains intervieweurs que je défendais M. Black. Une fois le procès terminé, je commentais le verdict avec détachement, ce qui a fait dire à certains intervieweurs que je venais d’abandonner M. Black! En fait, j’ai gardé mes distances avec M. Black pendant le procès, lui manifestant des signes de courtoisie sans plus, chaque fois que je le croisais dans le couloir. Nous avons pris un dernier verre au Ritz, quelques jours avant la tombée du verdict: je lui ai dit à quel point les accusations contre lui étaient graves, combien je regrettais tout ce qui s’était passé, et à quel point j’admirais la façon dont ses enfants l’avaient soutenu pendant le procès.

Je ne crois pas que M.Black soit une célébrité malmenée qui mériterait un meilleur traitement. Je crois plutôt qu’à titre de PDG d’une grande entreprise américaine cotée en Bourse, il était responsable de tout faire pour diriger l’entreprise avec succès, en respectant la lettre de la loi et en maintenant des relations positives avec les employés et les actionnaires. À partir du moment où le chef de la direction d’une entreprise de cette importance se retrouve devant un jury dans un procès criminel, on ne peut ni renverser la vapeur ni récupérer la position déjà perdue. Il est trop tard.

Je dirais même que dans la couverture habituelle de la saga Black dans la presse torontoise, une constatation primordiale brille par son absence, à savoir que M. Black a une bonne part de responsabilité pour ce qui s’est passé chez Hollinger International. Mais cette constatation est avant tout morale.

La justice est aveugle. Attendons de voir comment finissent les choses en cour d’appel.

La justice est aveugle

La justice est aveugle

Conrad Black – I

Conrad Black pendant son procès à Chicago

Conrad Black pendant son procès à Chicago

Il y a trois ans, j’ai rédigé une biographie non-autorisée de Conrad Black (Le baron Black, aux Éditions de l’Homme, 2007). L’on me demande souvent d’évaluer les chances que monsieur Black soit acquitté sur toute la ligne ou soit relâché de prison avant la fin de sa peine actuelle, prévue pour le mois d’octobre 2013. (Il a déjà purgé deux ans et quatre mois de sa peine.) Par exemple, on m’a posé cette question lors de deux entretiens récents, à l’antenne de RDI et de CBC-TV.

Encore maintenant, j’ai du mal à imaginer Conrad Black comme le détenu 18-330-424, à la prison à basse sécurité Coleman en Floride, entouré de quelques 1000 autres détenus, dont la plupart ont été condamnés pour trafic de drogue ou possession d’armes à feu illégales (fusils de chasse tronçonnés, mitrailleuses montées sur des trépieds, pistolets munis de silencieux). J’essaie de l’imaginer installé avec un autre détenu dans une miniscule cellule (faisant 2,4m par 2,7m, ou 8 pieds par 9 pieds), qui elle-même fait partie d’un réseau alvéolé arrangé en forme de ruche d’abeilles, sans plafond, sous la surveillance continue des caméras vidéo.

La prison Coleman, en Floride

La prison Coleman, en Floride

21% des détenus dans le Midwest américain disent avoir subi des pressions sexuelles derrière les barreaux, alors que 7% disent y avoir été violés. La prison est en milieu effroyable, où les gardiens sont tout aussi endurcis que les détenus.

J’essaie d’imaginer une journée typique de monsieur Black: il se lève à 6h00 du matin, prend son petit déjeûner dans le mess, et doit se présenter sept fois par jour dans la cour de la prison pour le décompte des prisonniers, effectué par des gardes brandissant des douze. Il doit travailler de 7h30 à 15h00. Tout y est contrôlé et surveillé, y compris ses visites et appels téléphoniques de même que sa correspondence. Bien-sûr il se tient au courant des dernières démarches effectuées par ses avocats. De temps à autre, il rédige une chronique pour le National Post, quotidien de Toronto, ou pour quelque autre publication conservatrice d’Amérique ou de Grande-Bretagne. Des fois il fulmine dans ces écrits contre la justice américaine, qu’il qualifie de corrompue, injuste, inefficace, etc. Il ne s’agit pas d’un prisonnier typique.

En dedans

En dedans

J’ai appris à bien connaître monsieur Black: je l’ai interviewé dans ses bureaux et demeures à New York, Toronto et Londres, de même qu’à l’hôtel où il a logé pendant son procès à Chicago. Au point culminant de sa carrière (vers 2000), il contrôlait un empire de presse mondial ayant quatre millions de lecteurs quotidiens, et des titres prestigieux tels que le Daily Telegraph de Londres. Il avait de la poigne financière et politique. Après tout, c’était en octobre 2001 qu’il est devenu baron de bon droit, et qu’il a pris sa place dans la Chambre des Lords, la Chambre haute du Parlement britannique. Selon Rupert Murdoch, monsieur Black devait être milliardaire (en dollars) vers la fin des années 1980.

Quelle déchéance depuis ce temps-là! Voilà quelqu’un qui avait tout. Comment a-t-il pu tout perdre, se faisant condamner pour fraude et entrave à la justice? Pour moi, monsieur Black est un homme très complexe, d’une force de personnalité à toute épreuve, tour à tour charmeur, rusé, impitoyable, manipulateur et d’un orgueil démésuré. C’était tout un défi pour moi que de rédiger sa biographie, tout en continuant à le rencontrer pour effectuer des entretiens, et en protégeant jalousement ma propre indépendance éditoriale. Depuis la publication de mon livre, j’ai dû relever un autre défi: celui d’accorder des entretiens à 18 chaînes de télévision, alors que j’étais tour à tour furieux et attristé de constater à quel point il était lui-même l’auteur de sa propre destruction.

Monsieur Black, lors de l'audience à Chicago portant sur sa peine

Monsieur Black, lors de l’audience à Chicago portant sur sa peine

Mais ce qu’il y a de plus difficile, lorsqu’on écrit au sujet de monsieur Black, c’est de démêler les faits de ses propres prétentions, car il arrive toujours à attirer l’attention sur lui, à contrôler le récit de sa vie.

Peu de temps avant son incarcération, il a parachevé un manuscrit de 200.000 mots (l’équivalent en version imprimée de quelques 800 pages). Ce manuscrit attend publication à Toronto. Le sujet? Tout ce qu’il a pu vivre depuis la sortie du premier tome de son autobiographie, en 1993. Et il continue à influencer ce qu’on veut bien écrire à son sujet, dans la presse écrite à Toronto. Par exemple, plus tôt cette semaine, une chroniqueuse au Globe and Mail a affirmé qu’il fallait dorénavant s’occuper de la réhabilitation de monsieur Black, ajoutant qu’il méritait d’être relâché dans les meilleurs délais. Quelques jours auparavant, un journaliste au National Post avait dit qu’il était temps pour monsieur Black de reprendre  sa place au sein de l’establishment canadien. Tout récemment, un journaliste de CBC-TV m’a demandé ce qui l’attendait en dehors de la prison, comme s’il était littéralement sur le point d’être libéré. Les bras m’en sont tombés, je suis resté bouché bée pendant dix secondes, et j’ai demandé que l’on répète la question.

Pour moi, la vraie question est plutôt la suivante: comment réhabiliter quelqu’un qui n’éprouve aucun remords, qui se présente toujours comme une victime lésée? A force de l’écouter, on pourrait croire qu’il s’agit d’un héros romantique, d’un magnifique buck solitaire dans une clairière, dévoré par une meute de loups.

Un beau buck dévoré par une meute de loups

Un beau buck dévoré par une meute de loups

La Cour d’appel de Chicago devra se pencher sur le cas de monsieur Black afin de déterminer si, d’une part, le verdict de culpabilité a été influencé  de façon préjudiciable par l’invocation de la théorie de services honnêtes, ou si, d’autre part, la poursuite a apporté suffisamment de preuves, en invoquant d’autres théories pour justifier la condamnation et l’incarcération de monsieur Black pour fraude et entrave à la justice.

A mon avis, ce que l’on veut bien dire à Toronto au sujet de Conrad Black a très peu d’impact sur l’aboutissement des choses à Chicago. Monsieur Black a probablement une chance sur 20 de sortir de prison avant la fin de sa peine. On ne voit pas les choses du même oeil à Chicago.

Après tout, M. Black n’est pas américain; il n’est pas une célébrité aux États-Unis, il n’y est pas considéré comme un homme admirable et encore moins comme une victime; personne ne fait campagne pour lui – il ne lui reste aucune base de pouvoir là-bas; l’ancien quotidien de monsieur Black, le Chicago Sun-Times, a déjà été obligé de verser plus de 100 millions de dollars en frais juridiques pour le défendre, et le jour où sa condamnation était définitivement confirmée, monsieur Black se trouverait dans l’obligation de rembourser cette somme au quotidien (personnellement, je crois qu’il poursuivrait le Sun-Times pour éviter de devoir rembourser cette somme), alors que si jamais il devait être acquitté en bout de ligne, le Sun-Times devrait renoncer à tout remboursement de sa part; de plus, le Sun-Times est un quotidien américain important ayant de nombreux alliés tant en milieu politique qu’économique…

Dans sa récente décision sur monsieur Black, la Cour suprême des États-Unis a renvoyé le lecteur à la décision plus détaillée qu’elle a prise sur l’ancien chef de la direction d’Enron, Jeffrey Skilling. D’après moi, si monsieur Skilling devait sortir de prison avant d’avoir purgé sa peine actuelle de 24 ans, il y aurait des émeutes dans les rues. Comme la Cour suprême utilise le même raisonnement juridique dans sa décision sur monsieur Black que dans celle portant sur monsieur Skilling, pourquoi l’aboutissement final, en appel, serait-il différent dans l’affaire Black?

C’est dans ce contexte que je cherche à m’expliquer ces élans de sympathie récurrents pour monsieur Black dans la presse écrite conservatrice de Toronto.

Le National Post, un quotidien de Toronto fondé par Conrad Black

Le National Post, un quotidien de Toronto fondé par Conrad Black

Old Harry – III

Dans ce troisième blogue au sujet du champ pétrolifère et gazier Old Harry, j’aimerais parler de l’état général du golfe du Saint-Laurent. Il faut que nous agissions dès maintenant pour empêcher que la zone morte existante au fond du golfe ne prenne de l’expansion, à l’exemple de certaines parties du golfe du Mexique. Par zone morte,  j’entends une condition de l’océan où aucune vie aquatique ne peut survivre en raison de la pollution extrême et du manque d’oxygène.

Dans les années 1530, les bancs de morue étaient tellement abondants qu'ils empêchaient Jacques Cartier d'avancer

Dans les années 1530, les bancs de morue étaient tellement abondants qu’ils empêchaient Jacques Cartier d’avancer

Évidemment, le golfe du Saint-Laurent n’est plus ce qu’il était. Dans les années 1530, au large du Cap-Breton, les bancs de morue dans le golfe du Saint-Laurent étaient si abondants que les navires de Jacques Cartier ne pouvait pas avancer. La morue est devenue une ressource phénoménale, exploitée à outrance par les pêcheurs, au point où les prises autour de Terre-Neuve (aussi bien du côté atlantique que du côté du golfe) sont passées d’environ 100.000 tonnes par an dans les années 1600, à 2.000.000 tonnes par an dans les années 1960. La pêcherie s’est effondrée, l’expansion de la population des phoques ne faisant que confirmer cette tendance.

Au milieu du 18e siècle, on a signale 100.000 morses dans une échouerie des îles de la Madeleine

Au milieu du 18e siècle, on a signalé 100.000 morses dans une seule échouerie des îles de la Madeleine

Les premiers habitants des îles de la Madeleine chassaient les populations de morses (qu’ils appellaient des vaches de mer): au milieu du 18e siècle, on a signalé dans une seule échouerie 100.000 morses. Ensuite, la chasse à l’échelle industrielle a grandement diminué cette population de morses, qui étaient convoitée à la fois pour l’ivoire et l’huile. De nos jours, il n’y a plus de morses aux îles de la Madeleine.

Au début du 19e siècle, l’ornithologue, naturaliste et peintre français et américain John James Audubon, a séjourné dans le golfe du Saint-Laurent, y faisant le portrait notamment du grand pingouin, qui a depuis été chassé jusqu’à l’extinction.

Aubudon a peint le Grand pingouin dans le golfe du Saint-Laurent, chassé depuis jusqu'à l'extinction

Aubudon a peint le Grand pingouin dans le golfe du Saint-Laurent, chassé depuis jusqu’à l’extinction

Les bélugas sont originaires du golfe et du fleuve Saint-Laurent. Au cours du 19e siècle et au début du 20e siècle, la chasse à la baleine a fortement réduit leur population, alors qu’au cours des années 1940 et 1950 ils ont subi des attaques aériennes – des bombardements aériens à la grenade – à un moment où on croyait qu’ils rentraient en compétition déloyale avec les pêcheurs locaux. La pollution chimique (DDT, BPC) déchargée en amont a contribué à la baisse de cette population, qui est tombée de quelques 5000 baleines au début du 20e siècle à quelque chose comme 500 ou 650 baleines aujourd’hui. Ces bélugas ont toutefois un haut taux de cancer: en fait, les cancers signalés chez les bélugas du Saint-Laurent représentent environ la moitié de tous les cancers déclarés chez les cétacés dans le monde entier.

Côté positif (ou tout simplement bizarre), on a introduit le chevreuil (ou cerf de Virginie) à l’île d’Anticosti au début du 20e siècle. Comme aucun prédateur ne rôde dans les parages, les chevreuils ont connu une expansion fulgurante, pour atteindre plus de 160.000 têtes aujourd’hui. Certains chevreuils se promènent dans la ville de Port-Meunier, faisant du porte-à-porte à la recherche de pelures de pommes et de patates.

J'ai pris cette photo d'un beau buck à 'île d'Anticosti, qui avait l'air à peu près aussi farouche qu'un chat domestique

J’ai pris cette photo d’un beau buck à l’île d’Anticosti, qui avait l’air à peu près aussi farouche qu’un chat domestique

Il convient de mentionner les différentes activités humaines qui ont un impact de nos jours dans le golfe du Saint-Laurent.

Malgré le passé lourd de chasse excessive et de contamination industrielle, marine et autre, le golfe du Saint-Laurent n’en est pas moins plein de vie. Dans les zones à proximité du champ Old Harry, comme aux Îles de la Madeleine (à 80 km. du champ) et à Baie-St-Georges dans le sud ouest de Terre-Neuve (à 100 km.), le homard, le crabe des neiges et le hareng forment la base de l’économie locale. De nos jours, la pêche est une activité hautement réglementée.

Le golfe du Saint-Laurent est alimenté par les Grands Lacs et le fleuve Saint-Laurent: c’est ainsi qu’il hérite de toute la pollution provenant d’une vaste zone. Selon l’organisme sans but lucratif action Ocean Action, le golfe du Saint-Laurent subit beaucoup de stress: «La pollution terrestre comprend les eaux usées domestiques, les rejets et écoulements industriels et urbains, alors que les éléments nutritifs agricoles et les pesticides sont déversés dans la mer par les collectivités côtières et par les rivières en amont qui se trouvent souvent assez loin. Les navires contribuent à la contamination de la mer également, en y déversant du pétrole et des déchets, alors que de leur côté les forages pétroliers en mer et les mines font des ravages. Les menaces biologiques comprennent les agents pathogènes et les espèces envahissantes.»

La pollution industirelle fait des ravages dans le golfe

La pollution industirelle fait des ravages dans le golfe

Les campagnes sismique et de forage et d’exploration, telles que celles envisagées cet été par Corridor Resources dans le golfe, perturbent les mammifères et les reptiles marins, car elles font énormément de bruit, elles peuvent entraîner des déversements accidentels de pétrole, elles causent des collisions avec les navires, et elles ont un impact sur la pêche commerciale.

Les changements climatiques ont également un impact sur le golfe du Saint-Laurent.

Compte tenu de toutes ces menaces pesant sur le golfe du Saint-Laurent et les communautés qui en dépendent, il faut tout faire pour réduire la pollution terrestre, comme le ruissellement et l’écoulement de contaminants industriels, de produits toxiques, de métaux lourds et de pesticides. Certaines zones au fond du golfe du Saint-Laurent sont déjà devenues des zones mortes, donc sujettes à l’hypoxie mortelle: l’eau y est contaminée par le pourrissement de matière organique proliférante (poissons morts, phoques morts) et en même temps privée d’oxygène. En effet, les espèces s’étouffent dans ces zones au fond du golfe du Saint-Laurent, qui de plus tendent à s’étendre davantage.

Une zon morte au fond de l'océan

Une zone morte au fond de l’océan

Cette situation est inquiétante. Je me dis que si un accident arrivait pendant le forage de Old Harry, qui prenait les proportions de l’accident du Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique, cela aurait un effet désastreux non seulement sur la biodiversité et l’éco-système unique du golfe du Saint-Laurent, mais aussi sur les pêcheries et la capacité du Golfe à se régénérer. Je suis heureux d’apprendre que Marilyn Clark, une étudiante, a lancé une campagne de sensibilisation à des questions soulevées par Old Harry.

Il faut mobiliser toutes les ressources possibles, afin de réduire le stress sur le golfe du Saint-Laurent, ce qui nécessitera les efforts combinés des gouvernements du Canada, des provinces autour du golfe ainsi que des États-Unis, compte tenu de sa gestion de la partie sud des Grands Lacs et d’une partie du fleuve Saint-Laurent. Puisque la catastrophe du Deepwater Horizon nous a démontré les dangers potentiels de l’industrie offshore, il nous faut une évaluation environnementale détaillée de l’impact des campagnes sismiques, de forage et d’exploration, surtout dans l’hypothèse d’un déversement incontrôlable de pétrole. Surtout, il faut arrêter le projet Old Harry, jusqu’à ce que tous les faits sur la catastrophe dans le golfe du Méxique soient bien établis.

Des tissus prélevés aux bélugas du Saint-Laurent contiennent des niveaux alarmants de DDT et de BPC

Des tissus prélevés aux bélugas du Saint-Laurent contiennent des niveaux alarmants de DDT et de BPC

Old Harry – II

J’aimerais revenir au sujet de la castrophe dans le golfe du Mexique, qui a déjà eu un impact dévastateur sur l’environnement du golfe, ainsi que dans les îles et les bayous (ou marais) de la Louisiane et plusieurs autres États du golfe. En ce qui concerne sa portée géographique, il est possible  que cette marée noire soit entraînée éventuellement par le Loop Current (ou courant en boucle) pour atteindre la côte Est des États-Unis. Bien entendu, Cuba se trouve directement au sud de la Floride, et serait touchée bien avant la côte Est, tout comme les Bahamas. Quelle catastrophe!

Image satellite de la NASA montrant l'étendue des dégâts environnementaux dans le golfe du Méxique, en date du 24 mai 2010

Image satellite de la NASA montrant l'étendue des dégâts environnementaux dans le golfe du Méxique, en date du 24 mai 2010

Je ne prédis pas que le même type de marée noire se produira inéluctablement si Corridor Resources, entreprise de Halifax, en Nouvelle-Écosse, exploite le champ pétrolifère et gazier Old Harry dans le golfe du Saint-Laurent. D’ailleurs le forage est supposé y démarrer dès cet automne. Je ne suis pas non plus en train d’exagérer les craintes du public – que ce soit les miennes ou celles de quelqu’un d’autre – au sujet des effets destructeurs d’une catastrophe éventuelle dans le golfe du Saint-Laurent.

Au contraire, je suis convaincu que toutes les activités d’entreprise impliquent une évaluation des risques et des avantages. C’est ainsi que les décisions commerciales sont prises. Dans le cas de British Petroleum, aveuglée par la perspective de bénéfices remontant à la surface des profondeurs de l’océan, elle a simplement minimisé les risques d’un déversement de pétrole à la fois majeur et incontrôlable. Regardons ce qui s’est passé dans le golfe du Mexique avant de laisser faire dans le golfe du Saint-Laurent.

La plate-forme se dirigeant vers le golfe du Méxique

La plate-forme Deepwater Horizon au moment de se diriger vers le golfe du Méxique

Nous n’avons qu’à considérer certains faits.

1) Les moyens déployés par BP au cours des deux derniers mois afin de contrôler le déversement commencent tout juste à produire les résultats escomptés. Or, comme la saison des tempêtes tropicales et ouragans arrive, la capacité de BP de faire face à la catastrophe dépend maintenant en partie des conditions météorologiques. Des mesures appropriées et des technologies éprouvées auraient dû être mises en place avant même que BP ne commence à exploiter le champ de pétrole, ce qui n’était pas le cas. Ce qui relève non seulement de la responsabilité de BP, mais aussi d’un système réglementaire extraordinairement laxiste aux États-Unis.

2) Dès que BP a commencé a rendre public ses propres estimations du débit de déversement, ces estimations ont été contestées sinon réfutées par des observateurs scientifiques indépendants. BP a lancé une première estimation optimiste sinon trompeuse, selon laquelle la fuite était seulement de l’ordre de 1.000 barils par jour. Il y a deux semaines, par contre, deux mois après l’accident du Deepwater Horizon, des agences gouvernementales américaines et des scientifiques indépendants ont démontré que la fuite se situait quelque part entre 35.000 et 60.000 barils par jour.

3) Jusqu’il y a deux jours, BP avait recueilli avec succès 890.000 barils de pétrole, mais elle avait également brûlé 314.000 barils de pétrole – ce qui crée d’autres problèmes pour l’environnement.

Faire brûler le brut occasionne de nouveaux problèmes environnementaux

Faire brûler le brut occasionne de nouveaux problèmes environnementaux

4) De nombreux organismes vivants, y compris les humains, sont exposés à des substances chimiques toxiques dans le pétrole brut, telles que le benzène et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), ainsi qu’à d’autres produits chimiques toxiques en raison de l’utilisation de dispersants chimiques, tels que le propylène glycol et le 2-butoxyéthanol. Ces produits chimiques peuvent avoir des conséquences nocives pour les personnes ayant déjà des problèmes de santé, les bébés à naître, les nourrissons, les enfants et les femmes enceintes. Ils peuvent affecter les systèmes nerveux, respiratoire et de nombreux autres systèmes.

5) La zone dans le golfe du Mexique désormais fermée à la pêche couvre environ 225.000 km ² – presque la même superficie que le golfe du Saint-Laurent.

La zone du golfe du Méxique désormais fermée à la pèche, en date du 21 juin 2010

La zone du golfe du Méxique désormais fermée à la pèche, en date du 21 juin 2010

6) Il est impossible de prédire les conséquences environnementales de l’accident du Deepwater Horizon, que ce soit à court terme, à moyen terme ou à long terme. BP a accepté en principe de mettre 20 milliards de dollars sur un compte séquestre pour les victimes de la catastrophe. D’ici là, la société peut être vendue, mise en faillite ou complètement réorganisée sous une nouvelle administration. En attendant, en termes environnementaux, le nettoyage, la biodégradation, enfin la disparition de cette catastrophe peut prendre cinquante ans. Et il est de notoriété publique que les problèmes de santé entraînés par l’exposition aux produits chimiques toxiques se déclarent lentement.

Pour toutes ces raisons, nous avons besoin de savoir exactement ce qui s’est passé dans le golfe du Mexique, et quels impacts cela pourrait avoir, avant de dire oui à l’exploitation du champ pétrolier et gazier Old Harry dans le golfe du Saint-Laurent.

Les catastrophes environnementales détruisent la vie

Les catastrophes environnementales peuvent être fatales

Old Harry – I

À l’heure actuelle, la catastrophe écologique dans le golfe du Mexique continue a faire des ravages, déversant jusqu’à 60.000 barils de pétrole brut dans la mer par jour, et ce depuis avril cette année. Pour cette raison, je suis très inquiet devant le projet de  Corridor Resources, entreprise de Halifax en Nouvelle-Écosse, de lancer une campagne de forage sur le champ pétrolifère et gazier Old Harry au fond du golfe du Saint-Laurent.

BP n'a pas réussi à contrôler la fuite de pétrole dans le golfe du Méxique

Les tentatives de BP visant à contrôler la fuite de pétrole dans le golfe du Méxique ont donné de piètres résultats

Ne pouvons-nous rien apprendre de la mauvaise gestion de British Petroleum, qui a entraîné le naufrage de la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon, la mort de plusieurs travailleurs, et la fuite de pétrole à partir d’une tête de puits située à 1.500m sous la surface?  On devrait arrêter le projet Old Harry, du moins assez longtemps pour que le gouvernement fédéral du Canada et les cinq provinces autour du golfe entreprennent des évaluations environnementales rigoureuses, assorties bien entendu d’audiences publiques. Et, plus important encore, nous avons besoin d’une enquête publique à ce sujet.

Évidemment, je comprends tout le potentiel économique que représentent deux milliards de barils de pétrole récupérable ou jusqu’à cinq mille milliards de pieds cubes de gaz naturel. Cela équivaut à deux fois plus que le  projet Hibernia, au large de la côte est de Terre-Neuve. De son côté, Corridor Resources a été extrêmement patiente: le démarrage de ce projet a été mis en veilleuse pendant que les gouvernements du Québec et de Terre-Neuve discutaient de façon inconséquente comment délimiter leurs eaux territoriales respectives, et donc comment partager leurs droits à des redevances éventuelles. Un flux de recettes pétrolières généré par un projet de cette envergure serait le bienvenu, dans un contexte où les politiciens, ayant à gérer les finances publiques, font face aux incertitudes de l’économie mondiale, à une assiette fiscale réduite ainsi qu’à un endettement important.

Le champ pétrolier et gazier Old Harry, à 450m sous la surface, représente deux fois le projet Hibernia

Le champ pétrolier et gazier Old Harry, à 450m sous la surface, représente deux fois le projet Hibernia

Mais depuis la catastrophe dans le golfe du Mexique, tout a changé. D’une part, toutes les assurances de British Petroleum, selon lesquelles elle avait une parfaite maîtrise des technologies d’exploitation en eaux profondes et pourrait donc empêcher toute fuite, se sont avérées totalement infondées. Mais attendez! BP est la quatrième entreprise en importance au monde, avec un chiffre d’affaires en 2009 de 246 milliards de dollars. BP a mis au point certaines des technologies les plus avancées au monde en matière de forage et d’exploitation en eaux profondes; elle s’est refait l’image corporative il y a quelques années, se vantant d’être devenue une entreprise soi-disante verte. Cela n’a rien changé.

Corridor Resources, d’autre part, est une entreprise  pétrolière et gazifère junior ayant à sa disposition des ressources et technologies limitées. En 2009 elle a affiché des revenus de 48 millions de dollars seulement, soit environ 1 $ pour chaque 5125 $ de revenus chez BP. Il est difficile d’imaginer comment Corridor, si jamais cette entreprise était confrontée à un naufrage de plate-forme dans le golfe du St-Laurent ainsi qu’à des fuites incontrôlables de pétrole à partir d’une tête de puits située à une profondeur de 450m sous la surface, pourrait mieux faire que BP de son côté, dans le golfe du Méxique.

Il nous faut tirer les leçons appropriées du désastre du Deepwater Horizon

Il nous faut tirer les leçons appropriées du désastre du Deepwater Horizon

Le Premier ministre canadien, monsieur Stephen Harper, a fait remarquer  récemment qu’un accident comme la catastrophe écologique de Deepwater Horizon ne pourrait tout simplement jamais se produire au Canada. Pour tout dire, monsieur Harper  est dans un état de déni. Les conditions météorologiques dans le golfe du Saint-Laurent peuvent être extrêmes, en été comme en hiver. Considérez le fait que le bassin du golfe du Mexique s’étend sur 1,6 millions de km ², alors que celui du golfe du Saint-Laurent ne fait que 250.000 km ². On dit parfois que le golfe du St-Laurent est le plus grand estuaire du monde et une mer intérieure, alors qu’en réalité il s’agit d’un grand lac d’eau salée, dont les deux débouchés sur la mer, les détroits de Belle-Isle et de Cabot – ces deux passages vers la mer ouverte – sont très serrés.

Une carte indiquant l'emplacement de Old Harry

Une carte indiquant l’emplacement de Old Harry

Une fuite importante d’hydrocarbures en provenance de Old Harry resterait à l’intérieur du golfe du Saint-Laurent, ballottée ici et là par les vents et courants, au lieu d’être dispersée en mer. Ce qui aurait pour effet de rendre cette catastrophe potentielle encore plus dévastatrice. De nombreuses espèces seraient directement touchées par un tel déversement de pétrole, que ce soit les baleines, les poissons, les oiseaux ou encore les êtres humains. Les baleines seront affectées dès cet été, puisque Corridor Resources entender lancer une campagne sismique prochainement.

Les actions de British Petroleum font l’objet d’enquêtes au criminel aux États-Unis. Le président Obama a mentionné plusieurs fois que l’accident Deepwater Horizon est sans conteste le pire désastre environnemental de  l’histoire américaine. Malheureusement, le moratoire sur les forages offshore aux Etats-Unis a récemment été annulé par un juge de la Nouvelle-Orléans.

Tant que nous ne saurons pas exactement pourquoi le désastre du Deepwater Horizon a eu lieu, tant que la catastrophe écologique dans le golfe du Mexique continuera de déverser du pétrole sans merci, cela n’a aucun sens d’aller de l’avant avec la campagne de forage sur le champ Old Harry au fond du golfe du Saint-Laurent. Il nous faut une enquête publique au Canada sur le principe même des projets de forage offshore dans ce pays.

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Chants de rorquaux à bosse (dans le domaine public)

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