Old Harry – III
Dans ce troisième blogue au sujet du champ pétrolifère et gazier Old Harry, j’aimerais parler de l’état général du golfe du Saint-Laurent. Il faut que nous agissions dès maintenant pour empêcher que la zone morte existante au fond du golfe ne prenne de l’expansion, à l’exemple de certaines parties du golfe du Mexique. Par zone morte, j’entends une condition de l’océan où aucune vie aquatique ne peut survivre en raison de la pollution extrême et du manque d’oxygène.

Dans les années 1530, les bancs de morue étaient tellement abondants qu’ils empêchaient Jacques Cartier d’avancer
Évidemment, le golfe du Saint-Laurent n’est plus ce qu’il était. Dans les années 1530, au large du Cap-Breton, les bancs de morue dans le golfe du Saint-Laurent étaient si abondants que les navires de Jacques Cartier ne pouvait pas avancer. La morue est devenue une ressource phénoménale, exploitée à outrance par les pêcheurs, au point où les prises autour de Terre-Neuve (aussi bien du côté atlantique que du côté du golfe) sont passées d’environ 100.000 tonnes par an dans les années 1600, à 2.000.000 tonnes par an dans les années 1960. La pêcherie s’est effondrée, l’expansion de la population des phoques ne faisant que confirmer cette tendance.

Au milieu du 18e siècle, on a signalé 100.000 morses dans une seule échouerie des îles de la Madeleine
Les premiers habitants des îles de la Madeleine chassaient les populations de morses (qu’ils appellaient des vaches de mer): au milieu du 18e siècle, on a signalé dans une seule échouerie 100.000 morses. Ensuite, la chasse à l’échelle industrielle a grandement diminué cette population de morses, qui étaient convoitée à la fois pour l’ivoire et l’huile. De nos jours, il n’y a plus de morses aux îles de la Madeleine.
Au début du 19e siècle, l’ornithologue, naturaliste et peintre français et américain John James Audubon, a séjourné dans le golfe du Saint-Laurent, y faisant le portrait notamment du grand pingouin, qui a depuis été chassé jusqu’à l’extinction.

Aubudon a peint le Grand pingouin dans le golfe du Saint-Laurent, chassé depuis jusqu’à l’extinction
Les bélugas sont originaires du golfe et du fleuve Saint-Laurent. Au cours du 19e siècle et au début du 20e siècle, la chasse à la baleine a fortement réduit leur population, alors qu’au cours des années 1940 et 1950 ils ont subi des attaques aériennes – des bombardements aériens à la grenade – à un moment où on croyait qu’ils rentraient en compétition déloyale avec les pêcheurs locaux. La pollution chimique (DDT, BPC) déchargée en amont a contribué à la baisse de cette population, qui est tombée de quelques 5000 baleines au début du 20e siècle à quelque chose comme 500 ou 650 baleines aujourd’hui. Ces bélugas ont toutefois un haut taux de cancer: en fait, les cancers signalés chez les bélugas du Saint-Laurent représentent environ la moitié de tous les cancers déclarés chez les cétacés dans le monde entier.
Côté positif (ou tout simplement bizarre), on a introduit le chevreuil (ou cerf de Virginie) à l’île d’Anticosti au début du 20e siècle. Comme aucun prédateur ne rôde dans les parages, les chevreuils ont connu une expansion fulgurante, pour atteindre plus de 160.000 têtes aujourd’hui. Certains chevreuils se promènent dans la ville de Port-Meunier, faisant du porte-à-porte à la recherche de pelures de pommes et de patates.

J’ai pris cette photo d’un beau buck à l’île d’Anticosti, qui avait l’air à peu près aussi farouche qu’un chat domestique
Il convient de mentionner les différentes activités humaines qui ont un impact de nos jours dans le golfe du Saint-Laurent.
Malgré le passé lourd de chasse excessive et de contamination industrielle, marine et autre, le golfe du Saint-Laurent n’en est pas moins plein de vie. Dans les zones à proximité du champ Old Harry, comme aux Îles de la Madeleine (à 80 km. du champ) et à Baie-St-Georges dans le sud ouest de Terre-Neuve (à 100 km.), le homard, le crabe des neiges et le hareng forment la base de l’économie locale. De nos jours, la pêche est une activité hautement réglementée.
Le golfe du Saint-Laurent est alimenté par les Grands Lacs et le fleuve Saint-Laurent: c’est ainsi qu’il hérite de toute la pollution provenant d’une vaste zone. Selon l’organisme sans but lucratif action Ocean Action, le golfe du Saint-Laurent subit beaucoup de stress: «La pollution terrestre comprend les eaux usées domestiques, les rejets et écoulements industriels et urbains, alors que les éléments nutritifs agricoles et les pesticides sont déversés dans la mer par les collectivités côtières et par les rivières en amont qui se trouvent souvent assez loin. Les navires contribuent à la contamination de la mer également, en y déversant du pétrole et des déchets, alors que de leur côté les forages pétroliers en mer et les mines font des ravages. Les menaces biologiques comprennent les agents pathogènes et les espèces envahissantes.»

La pollution industirelle fait des ravages dans le golfe
Les campagnes sismique et de forage et d’exploration, telles que celles envisagées cet été par Corridor Resources dans le golfe, perturbent les mammifères et les reptiles marins, car elles font énormément de bruit, elles peuvent entraîner des déversements accidentels de pétrole, elles causent des collisions avec les navires, et elles ont un impact sur la pêche commerciale.
Les changements climatiques ont également un impact sur le golfe du Saint-Laurent.
Compte tenu de toutes ces menaces pesant sur le golfe du Saint-Laurent et les communautés qui en dépendent, il faut tout faire pour réduire la pollution terrestre, comme le ruissellement et l’écoulement de contaminants industriels, de produits toxiques, de métaux lourds et de pesticides. Certaines zones au fond du golfe du Saint-Laurent sont déjà devenues des zones mortes, donc sujettes à l’hypoxie mortelle: l’eau y est contaminée par le pourrissement de matière organique proliférante (poissons morts, phoques morts) et en même temps privée d’oxygène. En effet, les espèces s’étouffent dans ces zones au fond du golfe du Saint-Laurent, qui de plus tendent à s’étendre davantage.

Une zone morte au fond de l’océan
Cette situation est inquiétante. Je me dis que si un accident arrivait pendant le forage de Old Harry, qui prenait les proportions de l’accident du Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique, cela aurait un effet désastreux non seulement sur la biodiversité et l’éco-système unique du golfe du Saint-Laurent, mais aussi sur les pêcheries et la capacité du Golfe à se régénérer. Je suis heureux d’apprendre que Marilyn Clark, une étudiante, a lancé une campagne de sensibilisation à des questions soulevées par Old Harry.
Il faut mobiliser toutes les ressources possibles, afin de réduire le stress sur le golfe du Saint-Laurent, ce qui nécessitera les efforts combinés des gouvernements du Canada, des provinces autour du golfe ainsi que des États-Unis, compte tenu de sa gestion de la partie sud des Grands Lacs et d’une partie du fleuve Saint-Laurent. Puisque la catastrophe du Deepwater Horizon nous a démontré les dangers potentiels de l’industrie offshore, il nous faut une évaluation environnementale détaillée de l’impact des campagnes sismiques, de forage et d’exploration, surtout dans l’hypothèse d’un déversement incontrôlable de pétrole. Surtout, il faut arrêter le projet Old Harry, jusqu’à ce que tous les faits sur la catastrophe dans le golfe du Méxique soient bien établis.

Des tissus prélevés aux bélugas du Saint-Laurent contiennent des niveaux alarmants de DDT et de BPC
Excellent history of our precious Gulf. My husband’s father who fished for sixty years in the southern Gulf of St. Lawrence also tells more recent stories of schools of cod so plentiful, they would flap against his boat when he fished in waters between PEI and Nova Scotia only forty years ago. Our generation has done much damage to our marine habitat through industrial pollution in mere decades. This has to stop. Future generations deserve better than what we are leaving them. The Gulf of St. Lawrence deserves protection by our governments from oil and gas development. One spill could taint the coastlines of all five gulf provinces in Canada. We cannot let this happen. Thank you for keeping this serious issue in the public domain.
No need for that in our gulf after what we’ve seen in the gulf of Mexico !!!