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L’esclavage contemporain - IV

Dans notre série de blogues consacrée à l’esclavage contemporain, nous comptons bien enquêter sur le sort des 29 millions d’esclaves qui se trouvent ici et là sur la planète. Dans ce blogue, Mohamed Yahya Ould Ciré, ancien diplomate mauritanien vivant actuellement en exil, explique comments la prêche islamique en milieu haratine constitue une forme de manipulation idéologique. La Mauritanie est une république islamique d’Afrique de l’Ouest, dans laquelle les Maures arabo-berbères dominent la population noire haratine, dont une grande partie est réduite, encore aujourd’hui au 21e siècle, à l’esclavage.

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L’esclavage, en Mauritanie, est bâti sur une idéologie qui se nourrit de règles islamiques et de coutumes. Les Imams, les Cheikhs, les Saints, les Chérifs (descendants du prophète), les Marabouts, alimentent constamment cette idéologie par la poésie, les adages, les dictons, les proverbes, la littérature parareligieuse, etc.. Les prêches sont un lieu privilégié pour répandre l’idéologie esclavagiste.

La Mauritanie se trouve en Afrique occidentale

La Mauritanie est un pays d’Afrique occidentale

En septembre 2005, Cheikh Tijani Ould El Hadi Ould Maouloud Vall[1] de la confrérie tijania, membre de la tribu Idaïghib, par son père, et Idaouali, par sa mère, a donné un prêche dans une modeste mosquée des Oulad Aïd à Oum El Ghoura. Ce village se situe dans la région du Trarza, département de R’kiz, arrondissement de Tékane.

L’auditoire n’était composé que de haratine. Cheikh Tijani tenait, en hassania, les propos suivants :

«Eli dawre messsal’hou
Yikhdem messalih El bidhane»

Ce qui veut dire en français :

«Celui qui cherche ses intérêts
N’a qu’à s’occuper des intérêts des Maures.»

Ce message était noyé dans un prêche, supposé se centrer sur le religieux. Or, ce prêche incite les Haratine à accepter la domination maure et privilégier les intérêts arabo-berbères. En réalité, derrière l’Islam se cachent des intentions politiques qui visent à sauvegarder la suprématie maure, sur le plan économique, politique et social. C’est pour maintenir la domination maure que les mosquées dans les milieux haratine (Adouaba, campements, etc.) sont dirigées par des Arabo-berbères.

Les haratine qui refusent la soumission à l’ordre maure sont menacés d’être destinés à l’enfer après leur mort par les prêcheurs arabo-berbère.

Dans des endroits comme Chinguetti, les Maures confondent l'Islam et des traditions arabo-berbères qui établissent la discrimination envers les haratine noirs

Dans des endroits comme Chinguetti, les Maures confondent l’Islam et des traditions arabo-berbères qui établissent la discrimination envers les haratine noirs

Les Maures utilisent la religion pour maintenir les Haratine sous leur joug. «On retrouve dans toutes les tribus maures une ‘révélation’ onirique d’un grand Saint, adaptée différemment selon les familles maraboutiques, et que chaque enfant apprend très tôt. Le marabout raconte qu’après la mort d’un esclave pieux, il a vu en rêve cet esclave se partager en deux, moitié neige et moitié feu. Exprimant sa surprise, il interroge l’esclave, qui lui répond : ‘j’ai été condamné à ce Purgatoire éternel, car j’ai rempli les obligations de Dieu et négligé celle de mon maître, voilà ma récompense’»[2]C’est pour mettre fin à cette manipulation idéologique que nous défendons, dans notre thèse intitulée « L’abolition de l’esclavage en Mauritanie et les difficultés de son application »,[3] l’idée de création de moquées, de mahadra, de confréries dirigées par des haratine.

Mohamed Yahya Ould Ciré
Président d’AHME

Notes:

[1] Cheikh Tijani Ould El Hadi Ould Maouloud Vall est un ancien agent de la Banque Centrale de Mauritanie au sein de laquelle il a travaillé, au moins, dix ans. Dès la mort de son père qui était un chef spirituel, dans les années 1980, il a pris la place de ce dernier. Bien qu’ayant un certain degré d’instruction (1ère A du lycée de Nouakchott), et ayant servi l’Etat, il est aujourd’hui en train de reproduire les pratiques esclavagistes et racistes, dignes des plus illettrés de Mauritanie. Son comportement est pire que celui de son père El Hadi
[2] Hormatallah ( Abdallahi), « Le cri de l’esclave, mécanisme et enjeux d’une domination » in Regards sur la Mauritanie, L’Ouest africain, Cahiers d’études pluridisciplinaires, vol n°4, 2004, Editions l’Harmattan
[3] Université Paris II, Bibliothèque Cuja
Sermons destined for the Haratin of Mauritania, and ideological manipulation

La plus grande partie de la Mauritanie est désertique - photo de Yann Arthus-Bertrand

La plus grande partie de la Mauritanie est désertique - photo de Yann Arthus-Bertrand

Un commentaire pour L’esclavage contemporain - IV

  • Voici une nouvelle preuve de l’existence de l’esclavage en Mauritanie.

    Des cas d’esclavage très graves” existent en Mauritanie (ONU) 03-11-2009
    Le rapporteur spécial des Nations unies sur les formes contemporaines de l’esclavage a déclaré mardi à Nouakchott que “des cas d’esclavage très graves existaient encore” en Mauritanie, pays où cette pratique est pourtant officiellement abolie.

    “Des cas d’esclavage très graves existent encore en Mauritanie. Des gens subissent des formes d’esclavage multiples et très graves, certains dans les campagnes et d’autres dans les villes”, a déclaré Mme Gulnara Shahinian lors d’une conférence de presse.

    L’esclavage “est un crime, qu’il soit pratiqué contre un groupe ou une personne”, a ajouté la responsable onusienne qui s’exprimait après une visite de près de deux semaines en Mauritanie.

    Durant son séjour, elle a rencontré des officiels mauritaniens et des ONG anti-esclavagistes mais aussi “des victimes (de l’esclavage), des enfants et des femmes qui ont fui leurs maîtres dans la brousse pour se réfugier dans les villes, laissant les leurs derrière eux dans des conditions difficiles”.

    Mme Shahinian a néanmoins indiqué qu’il lui manquait encore “beaucoup d’informations pour mieux comprendre le phénomène de l’esclavage en Mauritanie eu égard à la complexité des structures sociales et de la composition ethnique” de la Mauritanie.

    Elle s’est félicitée de la volonté du gouvernement de “mettre fin à cette pratique et sortir les citoyens des ténèbres de l’esclavage”.

    Longtemps couvert d’une chappe de silence, l’esclavage a officiellement été aboli en Mauritanie en 1981.

    L’Assemblée nationale mauritanienne a adopté en août 2007 une loi criminalisant la pratique qui perdure cependant dans certaines parties du pays.

    © AFP - Novembre 2009

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