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Dans les rues de Montréal: «Resident Evil»

Milla Jovovich

Milla Jovovich

J’avoue que j’aime regarder Milla Jovovich dans la sĂ©rie «Resident Evil» – vous savez, ces films dans lesquels les zombies sortent d’un peu partout pour mettre l’humanitĂ© en pĂ©ril. Peut-ĂŞtre que j’apprĂ©cie ces films parce que Milla Jovovich ressemble Ă  une de mes filles…. Ces films m’ont toujours semblĂ© complètement invraisemblables – après tout, combien de jeunes femmes aux yeux bleus dans la vingtaine ont Ă©tĂ© gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©es et sont devenues des hĂ©roĂŻnes? Et combien de jeunes hĂ©roĂŻnes gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©es mènent une guerre Ă  outrance contre ces zombies cauchemardesques qui reviennent d’entre les morts pour nous hanter?

Les zombies de Resident Evil

Les zombies de Resident Evil

Mais voilĂ  que soudain cette semaine, je me suis rendu compte que ma propre ville – MontrĂ©al – a Ă©tĂ© envahie par les zombies. Je parle bien entendu des cyclistes montrĂ©alais. Des politiciens respectueux de l’environnement et soi-disant «progressistes» ont l’intention de faire de MontrĂ©al la capitale mondiale du vĂ©lo. Vous n’avez qu’à penser au programme montrĂ©alais tant vantĂ© des bicyclettes Bixi, ces vĂ©los ultra-lĂ©gers et joliment conçus en aluminium, qui sont Ă  louer dans des points de service Ă  travers la ville. Or, le concept Bixi se rĂ©pand de nos jours, comme une invasion de zombies, atteignant des villes telles que Vancouver, New York, Melbourne, Londres et j’en passe…

The Bixi concept is spreading like a zombie invasion

Le concept Bixi concept se répand comme une invasion de zombies

«Cool», me direz-vous.

Le hic, c’est que pendant que nos politiciens prétendument progressistes font la promotion des vélos, personne ne semble vouloir reconnaître publiquement que les cyclistes de Montréal conduisent leurs véhicules de la façon la plus disgracieuse que l’on puisse imaginer. En fait, en tant que piéton, je mets régulièrement ma vie à risque en m’aventurant dans la rue: aux yeux de nos cyclistes, je ne suis guère plus qu’un obstacle à éviter, une abstraction, une nuisance – même quand je traverse la rue au feu vert, les cyclistes ne voient pas pourquoi ils me céderaient un quelconque droit de passage. C’est comme s’ils étaient daltoniens, et moi une tâche de couleur qu’ils étaient incapables de voir.

Si les cyclistes brûlent régulièrement les feux rouges, c’est parce qu’ils sont paresseux. Ils ne veulent ni s’arrêter pour respecter la circulation, ni attendre le feu vert, ni devoir pédaler pour redémarrer. Ils abandonnent régulièrement les pistes cyclables désignées pour rouler sur les trottoirs, renversant les piétons comme autant de quilles. Et si les cyclistes ralentissent devant les piétons comme moi, c’est généralement pour nous injurier.

Et pourtant, les piétons sont archi-respectueux de l’environnement.

Or dans la folle course Ă  fournir des infrastructures aux cyclistes, personne Ă  l’HĂ´tel de Ville ne semble avoir pensĂ© une seconde aux piĂ©tons de cette ville. En fait, aucun «progressiste» Ă  MontrĂ©al n’est prĂŞt Ă  admettre que les cyclistes mettent les piĂ©tons Ă  risque. VoilĂ  pourquoi j’espère que Milla Jovovich viendra faire le grand nettoyage des zombies de la ville. En attendant, quel bonheur de savoir que l’hiver s’en vient. Les rues ensevelies sous plusieurs mètres de neige, les vĂ©los rangĂ©s jusqu’au printemps, nous pourrons enfin nous promener en toute sĂ©curitĂ©…

Enfin ... de la neige!

Enfin ... de la neige!

Mettre les choses en perspective

Les gens super-stressés pensent parfois qu’ils vivent les expériences les plus dures, comme si personne n’avait jamais vécu autant de stress qu’eux-mêmes. Ils n’ont qu’à penser à mon ancêtre direct John Howland. En octobre 1620, il traversa l’Atlantique entre l’Angleterre et le Massachusetts à bord du Mayflower, célèbre flûte des Pères pèlerins. Selon William Bradford, Howland faillit y passer au milieu de l’Atlantique:

Le Mayflower, flûte des Pères Pèlerins, au milieu de l’Atlantique

Le Mayflower, flûte des Pères pèlerins, au milieu de l’Atlantique

« Lors de certains des orages qu’ils durent traverser, les vents furent si violents et la mer si démontée qu’ils pouvaient à peine mettre un nœud de voile et devaient se laisser pratiquement dériver des jours durant. Et lors d’une des plus terribles de ces tempêtes, alors qu’ils étaient contraints à se laisser dériver de la sorte, un joyeux jeune homme du nom de John Howland qui s’était trouvé au-dessus des grillages fut projeté par un coup de roulis par-dessus bord. Mais il plut à Dieu qu’il parvienne à empoigner les drisses du hunier qui pendaient par-dessus bord et traînaient à la mer. Alors qu’il était déjà sous plusieurs mètres d’eau, il parvint à s’agripper au cordage, par lequel on le hissa à la surface. On réussit ensuite à le remonter à bord, notamment grâce à une gaffe, et finalement il fut sauvé. Et s’il fut quelque peu malade après cet incident, il vécut de nombreuses années et fut ensuite un membre éminent de leur Eglise et de leur communauté. »

Voilà une expérience de vie qui met les choses en perspective!

John Howland rencontra sa future épouse Elizabeth Tilley pendant ce même voyage.

Le Mayflower près du Cap Cod

Le Mayflower à l’arrivée, près du Cap Cod

Ces fous qui nous soignent

Que faire de ces fous qui nous soignent?

Que faire de ces fous qui nous soignent?

J’ai consulté un médecin plusieurs fois au cours des dernières années, et croyez-moi, l’expérience a été révélatrice. Je ne consulte que lorsque j’en ai réellement besoin. J’attends de la part du médecin: un examen physique sérieux, de la perspicacité et du bon jugement professionnel basés sur des années de pratique, une bonne connaissance des recherches les plus récentes, ainsi que des conseils appropriés.

Mais les médecins donnent parfois des conseils tout à fait inappropriés, d’un ton de voix dédaigneux, comme si réellement ils avaient mieux à faire.

Il y a dix ans par exemple, comme je souffrais de douleurs lombaires, j’ai consultĂ© un mĂ©decin originaire de l’Europe de l’Est: il m’a dit que le meilleur remède serait de passer deux semaines dans un spa-bordel dans les Carpathes en Slovaquie, oĂą je pourrais entretenir chaque jour des relations sexuelles Ă  quatre pattes avec une sĂ©rie de jeunes et sĂ©duisantes prostituĂ©es. Par ailleurs, il m’a conseillĂ© de boire beaucoup de vin… Un mĂ©decin, dĂ»ment inscrit comme membre du Collège des mĂ©decins du QuĂ©bec…

A mon avis, le problème de ces fous qui nous soignent n’est pas limitĂ© Ă  MontrĂ©al, ou au QuĂ©bec, ou au Canada. Je pense que le problème est plutĂ´t que nous faisons trop confiance Ă  la profession mĂ©dicale. Les mĂ©decins se dĂ©barrassent souvent de leurs patients en gavant ces derniers de pilules …

Encore quelques petites pillules avec ça?

Encore quelques petites pillules avec ça?

Un autre médecin - une dermatologue - m’a regardé tout éreintée, et, même avant de regarder mon dossier, m’a demandé si j’avais encore le cancer. «Mais je n’ai jamais eu le cancer, lui ai-je dit: qu’est-ce que vous me racontez-là?» Elle  avait l’air d’être au bord d’une crise de nerfs. Toute frénétique, elle m’a dit qu’elle  devait m’examiner dans le placard (une remise où elle stockait des équipements médicaux), puisque tous ses patients dans la salle d’attente étaient en train de l’espionner. Elle a ensuite passé 25 minutes à m’expliquer à quel point son père et son frère étaient détestables. Heureusement, il y avait une ampoule suspendue au plafond - sinon comment aurait-elle fait pour m’examiner? - mais je me sentais inconfortable dans cette foutue remise, coincé entre de lourds équipements. Les paroles d’adieu de cette dermatologue? « Vous n’avez pas de cancer - ne revenez plus jamais me voir! »

C’est vrai que j’ai connu de bons mĂ©decins. Mais depuis que j’ai dĂ©couvert ces fous qui nous soignent, je suis convaincu que personne ne connaĂ®t le patient mieux que lui-mĂŞme, du moins pour des conditions mĂ©dicales non-fatales…

Que Dieu nous préserve des médecins

Que Dieu nous préserve des médecins

¡Viva la Constitución! – VI

question-markLors de l’élection fédérale d’hier soir, les conservateurs de Stephen Harper n’ont pas seulement obtenu un gouvernement majoritaire – ils sont bien placés pour occuper ce poste pendant deux mandats (c’est-à-dire pendant huit à dix ans). De leur côté, les néo-démocrates de Jack Layton ont fait des gains stupéfiants, particulièrement au Québec, devenant ainsi l’Opposition officielle.

Pendant ce temps, les libéraux de Michael Ignatieff ont l’air de passer au purgatoire. Les libéraux se sont longtemps cru en droit de former le gouvernement du Canada. Mais le Parti libéral fédéral a-t-il un avenir? Les libéraux vont-ils fusionner avec les néo-démocrates? Si Layton et Ignatieff avaient conclu une alliance NPD-libérale avant l’élection, cette alliance serait en train de former un gouvernement majoritaire aujourd’hui. Leurs plateformes respectives ne sont pas si différentes que ça. Ignatieff a mené une campagne digne, mais a tout simplement été balayé par le raz de marée du NPD.

Le Parti libéral du Canada vient-il de mourir?

Le Parti libéral du Canada vient-il de mourir?

Une question encore plus intéressante est celle-ci: comment le Bloc québécois de Gilles Duceppe a-t-il pu s’écraser à ce point-là? Selon la mythologie nationaliste québécoise, les défaites s’expliquent avant tout en termes de sombres complots, de poignards enfoncés dans le dos par des anglophones, de rejets par le reste du Canada, de chantage, de campagnes de peur, etc.

Mais la personne qui a fait appel à la peur et au chantage cette fois-ci a bien été Duceppe lui-même. Sa défaite est bien plus le résultat de ses propres prétentions démésurées.

Gilles Duceppe - victime de ses propres prétentions démésurées

Gilles Duceppe – victime de ses propres prétentions démésurées

Il y a deux semaines, Duceppe a donné un discours passionné lors du congrès du Parti québécois à Montréal : il a «galvanisé» la foule, en affirmant notamment qu’il espérait que les partis souverainistes récolteraient 101 sièges à la Chambre des communes et à l’Assemblée nationale – la majorité absolue des sièges au Québec. Dorénavant, la «prochaine étape» était en vue, car tout devenait possible : à partir du moment où le Parti québécois remportait la prochaine élection au Québec, un fort contingent de députés du Bloc québécois l’aiderait à ouvrir la voie à la souveraineté.

«Le Canada n’a plus rien à offrir au Québec», d’ajouter Duceppe.

Manifestement, le peuple québécois n’est pas d’accord, puisque  hier soir, Duceppe a perdu son siège, démissionnant de son poste de chef du Bloc québécois à la suite d’un discours décousu et tout à fait pathétique. Le Bloc lui-même n’a plus que quatre sièges au Québec, comparativement aux 58 sièges néo-démocrates.

À la suite de l’élection fédérale d’hier soir, je suis frappé de constater à quel point les élites politiques et les meneurs d’opinion  sont déconnectés de la réalité du peuple.

Les élites sont déconnectées de la réalité du peuple

Les élites sont déconnectées de la réalité du peuple

¡Viva la Constitución! – V

Alexis de Tocqueville

Alexis de Tocqueville

Le fondement de la démocratie parlementaire est bien le consentement du peuple. Nous avons l’habitude de diviser le peuple en majorités et en minorités, et même si Alexis de Tocqueville nous a mis en garde contre la tyrannie de la majorité, il est généralement accepté dans les démocraties que le peuple tend à approuver des mesures gouvernementales lorsque  le nombre des gens qui y donne son consentement en dépasse le nombre qui s’y oppose.

Mais en suivant la campagne électorale canadienne actuelle, je constate que le Canada comporte dorénavant plusieurs minorités chacune desquelles rentre en compétition avec les autres, comme si le pays était divisé en blocs. Il ne semble pas y avoir de majorité claire. Comment Tocqueville aurait-il interprété une telle situation? Aurait-il considéré la possibilité de la tyrannie de la minorité? Bien-sûr que oui – lui qui avait étudié les avantages ainsi que les effets néfastes de la Révolution française.

Je constate que souvent les politiciens canadiens arrivent Ă  contourner le consentement du peuple:

  • en imposant leur volontĂ©;
  • en excluant certaines catĂ©gories d’individus du vrai «peuple», ou en cherchant Ă  disqualifier ces derniers;
  • en fabriquant le consentement;
  • et en manipulant le public (souvent en lui prĂ©sentant un choix entre de fausses alternatives) au point que le public donne son consentement avec rĂ©tience, Ă  contrecĹ“ur,  ou mĂŞme involontairement.

Les politiciens canadiens ne sont pas seuls Ă  agir de la sorte.

Pierre Elliott Trudeau aux côtés de la Reine, au moment où elle donne la sanction royale, 1981

Pierre Elliott Trudeau aux côtés de la Reine, au moment où elle donne la sanction royale, 1982

Lorsque le gouvernement libéral de Pierre Trudeau a rapatrié l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de Westminster, en 1981, un aspect clé de la réforme qu’il proposait était bien que la refonte de la Constitution devait reposer sur le consentement du peuple (même si, comme on pouvait s’y attendre, l’Assemblée nationale du Québec n’y a pas donné son consentement) – mais en 1982 le gouvernement libéral a intégré une formule d’amendement dans la Constitution, qui a eu pour effet de rendre pratiquement impossible le consentement du peuple à de futurs amendements (par l’intermédiaire du Parlement fédéral et de toutes les législatures provinciales).

Pourtant, un des avantages de la Charte des droits et libertés de 1982 est bien celui de garantir à tous les Canadiens d’âge adulte le droit de vote – qui constitue l’un des principaux moyens par lesquels le peuple exerce son droit au consentement. La reconnaissance de ce droit a pris plusieurs siècles. Aux 18e et 19e siècles, le suffrage était un privilège plutôt qu’un droit, et dépendait du statut économique de chacun, de la propriété dont il disposait, ce qui avait pour conséquence de disqualifier la plupart des femmes. Ce n’était qu’en 1918 que les Canadiennes ont obtenu le droit de voter aux élections fédérales. Mon arrière grand-mère Ellen Walker Tombs a dû attendre jusqu’à l’âge de 95 pour s’incrire comme électrice au Québec lors de la toute première élection provinciale où les femmes avaient le droit de voter, en 1940 – mais elle est morte avant le jour du scrutin. Les Canadiens d’origine chinoise et japonaise n’ont obtenu le droit de vote que vers la fin des années 1940, alors que les membres des Premières Nations ont dû attendre jusqu’en 1960.

Mon arrière-grand-mère a dû attendre l'âge de 95 ans avant de pouvoir s'inscrire comme électrice au Québec - mais elle est morte avant le jour du scrutin

Mon arrière-grand-mère Ellen Walker Tombs a dû attendre l’âge de 95 ans avant de pouvoir s’inscrire comme électrice au Québec – mais elle est morte avant le jour du scrutin provincial

Même à ça, certains politiciens trouvent toujours le moyen d’exclure certaines  parties de l’électorat, ou de disqualifier ces dernières. Je ne dis pas que le Parti québécois est sur le point de prôner l’abolition du suffrage universel au Québec, mais je trouve que le PQ, par son nom même, a détourné l’identité québécoise, comme si lui seul pouvait représenter les «vrais Québécois». Existe-t-il un Parti canadien, un American Party, un Parti français ou encore une Deutsche Partei? Bien sûr que non. En outre, le PQ a tendance à opposer ces «vrais Québécois» aux autres catégories, telles «les anglophones, allophones, francisables, francotropes, immigrants, Communautés culturelles, autochtones, etc.» Tout en divisant la population en plusieurs catégories, dont l’attachement au Québec est parfois mis en cause, le Parti québécois fait des méandres entre le nationalisme civique, fondé sur l’idée selon laquelle toute personne vivant au Québec est québécois, et le nationalisme ethnique, fondé sur l’idée selon laquelle seuls les Canadiens français de souche (d’avant la Conquête) sont de «vrais Québécois».

Bien sûr, il serait intéressant de voir ce que le Parti québécois, une fois élu, proposerait comme projet de Constitution du Québec. Évidemment, le principal dilemme posé par la Constitution du Parti québécois serait le suivant: un tel projet serait imposé par une minorité à la majorité au Québec, alors que, en tant que projet de loi provincial outrepassant les réalités actuelles, il aurait toutes les chances d’être invalidé par la Cour suprême du Canada.

La Maison Blanche a publié aujourd’hui le certificat de naissance de Barack Obama

La Maison Blanche a publié aujourd’hui le certificat de naissance de Barack Obama

La Maison Blanche a publié aujourd’hui le certificat de naissance de Barack Obama, afin de démontrer clairement que ce dernier est né à Hawaii, le 4 août 1961 – manifestement pour répondre aux affirmations absurdes de nombreux républicains, y compris du milliardaire Donald Trump (qui espère devenir président un jour), que Obama serait peut-être né à l’extérieur des États-Unis , et porterait donc atteinte à la Constitution puisque le président du pays doit nécessairement être de naissance américaine. Les républicains essaient évidemment de disqualifier Obama. Quelque chose me dit que le vrai enjeu est ailleurs: Obama est noir. Voilà un cas plus extrême de tentative d’exclusion.

Quant à la fabrication du consentement ainsi qu’à la manipulation du peuple, j’ai récemment lu un livre intéressant de la psychologue Isabelle Nazare-Aga – Les manipulateurs sont parmi nous. Voici une liste de 30 tactiques utilisées par les manipulateurs. À vous de juger combien de ces tactiques sont courramment utilisées par les politiciens du Canada, y compris du Québec!

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1. Le manipulateur culpabilise les autres au nom du lien familial, de l’amitié, de l’amour, de la conscience professionnelle
2. Il reporte sa responsabilité sur les autres, ou se démet des siennes
3. Il ne communique pas clairement ses demandes, ses besoins, ses sentiments et opinions
4. Il répond très souvent de façon floue
5. Il change ses opinions, ses comportements, ses sentiments selon les personnes ou les situations
6. Il invoque des raisons logiques pour déguiser ses demandes
7. Il fait croire aux autres qu’ils doivent être parfaits, qu’ils ne doivent jamais changer d’avis, qu’ils doivent tout savoir et répondre immédiatement aux demandes et questions
8. Il met en doute les qualités, la compétence, la personnalité des autres : il critique sans en avoir l’air, dévalorise et juge
9. Il fait faire ses messages par autrui
10. Il sème la zizanie et crée la suspicion, divise pour mieux régner
11. Il sait se placer en victime pour qu’on le plaigne
12. Il ignore les demandes même s’il dit s’en occuper
13. Il utilise les principes moraux des autres pour assouvir ses besoins
14. Il menace de façon déguisée, ou pratique un chantage ouvert
15. Il change carrément de sujet au cours d’une conversation
16. Il évite ou s’échappe de l’entretien, de la réunion
17. Il mise sur l’ignorance des autres et fait croire en sa supériorité
18. Il ment
19. Il prĂŞche le faux pour savoir le vrai
20. Il est égocentrique
21. Il peut ĂŞtre jaloux
22. Il ne supporte pas la critique et nie les évidences
23. Il ne tient pas compte des droits, des besoins et des désirs des autres
24. Il utilise souvent le dernier moment pour ordonner ou faire agir autrui
25. Son discours paraît logique ou cohérent alors que ses attitudes répondent au schéma opposé
26. Il flatte pour vous plaire, fait des cadeaux, se met soudain aux petits soins pour vous
27. Il produit un sentiment de malaise ou de non-liberté
28. Il est parfaitement efficace pour atteindre ses propres buts mais aux dépens d’autrui
29. Il nous fait faire des choses que nous n’aurions probablement pas fait de notre propre gré
30. Il fait constamment l’objet des conversations, même lorsqu’il n’est pas là

En relisant cette liste de tactiques de la manipulation, je comprends pourquoi je fais plus confiance au peuple qu’aux politiciens … Et pourquoi je prĂ©fère la protection des droits individuels inscrite dans la Charte des droits et libertĂ©s, que de faire partie d’une masse amorphe de gens  indiffĂ©renciĂ©s, soumis aux caprices du parti au pouvoir.

¡Viva la Constitución! – IV

I'm all right Jack

I’m all right Jack

Le chef néo-démocrate Jack Layton vient de proposer une idée intéressante aujourd’hui, à Montréal – celle d’amender la Constitution canadienne afin que le Québec y adhère finalement «mais à la condition qu’il existe une probabilité  raisonnable de succès. Je veux dire, nous avons ce problème historique que le quart de notre population – les gens du Québec – n’ont jamais endossé la Constitution. Cela ne peut durer éternellement.»

Il a qualifié ses commentaires, cependant, en disant que la réforme constitutionnelle n’était pas une priorité pour de nombreux Canadiens.

Le NPD semble être sur une lancée au Québec. D’après les sondages, ce parti devancerait même le Bloc québécois dans les intentions de vote. Et pourquoi? Les électeurs sont sans doute impressionnés tour à tour par la campagne essentiellement positive que mène Layton, sa récente bataille avec le cancer, son message social-démocrate et le fait que beaucoup de Québécois sont tannés du Bloc. Ainsi Layton cherche-t-il à élargir son soutien parmi les électeurs québécois dont l’attachement au fédéralisme est assez mou, en faisant appel à leur désir qu’un statut spécial pour le Québec soit enchâssé dans la Constitution. Mais que signifie la déclaration de Layton réellement?

Gilles Duceppe & Jacques Parizeau

Gilles Duceppe & Jacques Parizeau cette semaine

On n’a qu’à considérer le ton provocateur du discours enflammé que Gilles Duceppe a récemment donné au congrès du Parti québécois, sa prétention que le vrai enjeu de cette élection est la lutte acharnée entre le fédéralisme et la souveraineté, et la soudaine présence en cette dernière semaine de campagne de Jacques Parizeau aux côtés de Duceppe.

En effet, Layton doit savoir qu’il y a peu de chance de ré-ouverture des négociations constitutionnelles au Canada. Et pourquoi? Parce que le Parti québécois est susceptible de gagner les prochaines élections provinciales, alors que toute réforme constitutionnelle nécessiterait forcément la participation active du gouvernement du Québec.

Le Parti québécois s’est opposé à toute tentative de modifier la Constitution depuis des décennies  – en 1971, 1981, 1987-1990 et encore en 1992  – en faisant valoir chaque fois que les modifications proposées se trouvaient largement en deçà des revendications historiques du Québec. Puis le PQ jubilait lorsque la réforme constitutionnelle échouait, car cela lui permettait de blâmer le Canada anglais de ce même échec.

Le 18 janvier 1985, je couvrais le congrès extraordinaire du Parti quĂ©bĂ©cois pour la BBC au Royaume-Uni: lorsque le fondateur du PQ, RenĂ© LĂ©vesque, a dĂ©clarĂ© que le «beau risque» du fĂ©dĂ©ralisme valait la peine d’être relevĂ©, qu’il fallait dorĂ©navant aspirer Ă  une «nouvelle communautĂ© canadienne», 921 dĂ©lĂ©guĂ©s pĂ©quistes (65%) ont votĂ© pour, mais Camille Laurin s’est prĂ©sentĂ© devant le micro: «Nous ne pouvons accepter la dĂ©cision (…) puisqu’elle signifie que le parti refuse d’inscrire la souverainetĂ©, en tout ou en partie, comme un enjeu du prochain scrutin et pour les quatre prochaines annĂ©es.» Par la suite, 495 dĂ©lĂ©guĂ©s (35%) ont votĂ© contre: menĂ©s par Laurin et plusieurs autres irrĂ©ductibles, scandant les slogans «Parizeau, Parizeau» et «Le QuĂ©bec aux QuĂ©bĂ©cois», ils ont claquĂ© la porte du congrès, fragilisant directement la position de LĂ©vesque en tant que leader. Ce dernier a dĂ©missionnĂ© cinq mois plus tard.

Cela ressemblait fort à un poignard dans le dos! Mais, malgré cet épisode, ainsi que sa dépression subséquente et sa tentative de suicide, Lévesque a été «récupéré» plus tard par le Parti québécois, comme grand héros mythique de la lutte de tout un peuple.

René Lévesque

René Lévesque

J’avais Ă©normĂ©ment de respect pour RenĂ© LĂ©vesque, et comme tĂ©moin oculaire de ce congrès du Parti quĂ©bĂ©cois en janvier 1985, j’ai Ă©tĂ© horrifiĂ© non seulement de voir un puissant groupe de membres l’abandonner carrĂ©ment, mais aussi de constater Ă  quel point ces mĂŞmes membres Ă©taient, sur le plan idĂ©ologique, des endurcis intransigeants. Et pourtant, la rhĂ©torique français-vs.-anglais du Parti quĂ©bĂ©cois semble s’intensifier de nos jours, comme si, une fois de retour au pouvoir,  (1) le parti entendait bien fabriquer une nouvelle crise, (2) provoquant ainsi une rĂ©action violente (verbalement, je veux dire) dans le reste du pays, (3) cette rĂ©action renforçant le sentiment d’isolement nourri par de nombreux QuĂ©bĂ©cois francophones, (4) permettant au parti d’arracher une victoire rĂ©fĂ©rendaire – presque contrĂ© le grĂ© du peuple. L’actuelle chef du Parti quĂ©bĂ©cois, Pauline Marois, n’a jamais pris la peine d’apprendre l’anglais – et ceci en AmĂ©rique du Nord, pour l’amour du ciel. Cela signifie qu’elle n’a jamais eu de conversation en anglais avec ses concitoyens anglophones du QuĂ©bec, et chaque fois qu’elle se promène en Ontario, au Vermont, au Maine et encore au Nouveau-Brunswick, sans parler du reste du monde oĂą l’anglais se parle, elle doit ne rien comprendre. Pas beaucoup de chances de compromis de ce cĂ´tĂ©-lĂ …

Ainsi, même si je me dis que l’offre de Jack Layton de reconsidérer la réforme constitutionnelle peut sembler attirante, je doute fort qu’il existe une probabilité raisonnable de réussite dans ce dossier.

¡Viva la Constitución! – III

Des hommes en costumes sombres: les chefs des principaux partis fédéraux du Canada, lors du récent débat télévisé

Des hommes en costumes sombres: les chefs des principaux partis fédéraux du Canada, lors du récent débat télévisé

Je me demande parfois si les politiciens en démocratie visent réellement  le bien public. Sont-ils véritablement heureux de voir l’économie en pleine effervescence, la création de nombreux emplois, la baisse de l’inflation, et de bonnes perspectives de croissance?

En effet, l’OCDE a récemment prédit que le Canada mènera les pays industrialisés en termes de croissance économique durant la première moitié de 2011 – l’OCDE prévoit une croissance au Canada de 5,2 pour cent au cours des trois premiers mois de 2011, et de 3,8 pour cent au deuxième trimestre.

Ces nouvelles sont-elles bonnes aux yeux de tous? Sans doute qu’elles le sont aux yeux de Stephen Harper, car il peut se vanter d’avoir bien géré l’économie, à une époque où presque tout le monde exigeait que le gouvernement prenne des mesures décisives pour empêcher l’effondrement de l’économie canadienne, pendant la récession mondiale traumatisante de 2008-2009. (Bien sûr, l’économie n’est pas le seul enjeu électoral cette fois-ci.)

Karl Marx était au petit bonheur quand ça foirait - car plus les choses se détérioraient, plus les prophéties de mal et sa quête du pouvoir au nmo du Communisme se justifiaient

Karl Marx était au petit bonheur quand ça foirait - plus les choses se détérioraient, plus ses prophéties de malheur et sa quête du pouvoir au nom du Communisme se justifiaient

Mais certains politiciens, tout comme Karl Marx de son temps, souhaiteraient une grave détérioration de la conjoncture économique, car une telle détérioration augmenterait leurs chances de se positionner en alternative à la prochaine élection, de justifier leurs prophéties de malheur, et de légitimer leur propre quête du pouvoir.

Étant donné que le jeu politique consiste en grande partie à créer des perceptions, les libéraux et néo-démocrates ont besoin d’amplifier les problèmes de l’économie canadienne, tout en se positionnant comme les partis les mieux placés pour résoudre ces problèmes. Le Bloc québécois, de son côté, est un parti opportuniste strictement voué à la promotion des intérêts québéco-québécois: afin de marquer des points le jour du scrutin, le Bloc n’a qu’à aborder les problèmes économiques de différentes régions du Québec, même si nombre de ces problèmes économiques ne sont pas attribuables au seul gouvernement fédéral.

Une scène du film Le confort et l'indifférence, avec René Lévesque à droite

Une scène du film Le confort et l'indifférence, avec René Lévesque à droite

Cette question de savoir si les politiciens visent réellement le bien public me vient à l’esprit surtout dans le contexte assez particulier du Québec. En 1981, Denys Arcand a réalisé Le confort et l’indifférence, un film démontrant que si une majorité de Québécois ont voté contre la souveraineté-association au référendum cette année-là, c’est bien parce qu’ils étaient à la fois à l’aise économiquement et déterminés à entretenir une place comfortable dans le système fédéral: voilà pourquoi, toujours selon Denys Arcand,  ces Québécois étaient indifférents à la cause de l’indépendance du Québec.

Le message de confort et d’indifférence est très menaçant pour le Parti québécois, puisque cette formation cherche à promouvoir une rupture avec le reste du Canada, et doit présenter la relation avec le Canada comme une série d’échecs, de conditions en chute libre, de menaces sinon de gifles intolérables. Une des stratégies principales du Parti québécois est donc de tout faire pour exacerber le malaise des Québécois de langue française, tout en cultivant la valeur selon laquelle ils seraient fondamentalement différents du reste du pays – de sorte que la stratégie inverse le titre du film de Denys Arcand, devenant ainsi l’inconfort et la différence.

En 2008, je me souviens d’avoir rencontré le rédacteur en chef du quotidien nationaliste et souverainiste de Montréal, Le Devoir (j’étais en train de rédiger une série de grands reportages pour le journal à l’époque): J’ai été étonné d’entendre le rédacteur prédire – avec optimisme – que la récession à peine commencée allait entraîner une augmentation significative des appuis à la souveraineté du Québec, puisque la situation économique allait forcément se déteriorer. Je me suis dit qu’une telle déterioration économique pourrait avoir pour effet d’entraîner la disparition une fois pour toutes du journal Le Devoir! Je ne crois pas que beaucoup de rédacteurs de quotidiens souhaiteraient l’effondrement économique de leurs propres marchés!

A la même époque, l’ancien chef du Parti québécois, Jacques Parizeau, disait qu’un bon psycho-drame aiderait sûrement la cause de la souveraineté. Il me semblait qu’il y avait dans ce commentaire un brin de frustration ou de nostalgie – car Jacques Parizeau aurait manifestement préféré qu’une majorité appuie massivement la souveraineté, même si cet appui n’était que passager. Ceci explique pourquoi de nombreux propagandistes du Parti québécois travaillent avec tant d’acharnement à créer des psycho-drames dressant les francophones contre les anglophones. Voilà bien la stratégie de l’inconfort et de la différence.

Nous n'avons pas vraiment des gouvernements Ă  notre image

Nous n'avons pas vraiment des gouvernements Ă  notre image

Comparé à beaucoup d’autres pays dans le monde, le Canada a des institutions démocratiques stables: en effet, c’est bien sur la Constitution à la fois écrite et non-écrite qu’est fondée la civilité de base de la vie canadienne; ces institutions permettent également aux Canadiens de survivre, en dépit des politiciens manipulateurs; s’il est vrai que nous sommes souvent mal gouvernés, il est également vrai que grâce aux efforts des Canadiens entrepreneurs et travailleurs, l’économie est assez forte pour nous permettre de résister à l’impact de la mal-gouvernance; en définitive, nos gouvernements au Canada ne sont guère à l’image du peuple que nous sommes - en gros, nous arrivons à maintenir la démocratie malgré les politiciens et bureaucrates et non pas à cause de ces derniers, car parfois ils recherchent le pouvoir avec tellement d’avidité qu’ils finissent par souhaiter que le malheur nous arrive.

L’on a souvent prétendu, surtout au Québec, que la Constitution canadienne se résumait à la Loi constitutionnelle (1982) de Pierre Trudeau. Or, la Constitution comprend l’ensemble des lois, traditions, coutumes et précédents en droit qui nous lient, certains desquels n’ont jamais été explicités par écrit: pour moi la Constitution c’est aussi la culture politique, notre façon d’agir, la manière dont nous nous adaptons sans cesse l’un à l’autre: cette culture politique émane des citoyens, et non pas des politiciens et bureaucrates.

Ceci dit, c’est le temps de changer de gouvernement.

¡Viva la Constitución! – II

Actions talk louder than words

Les actions parlent plus que les mots

Je fais plus confiance au peuple du Canada (y compris du Québec) qu’aux politiciens et fonctionnaires. Les Canadiens sont généralement consciencieux, disciplinés, vigilants et équitables: en effet, l’avenir de la démocratie est entre nos mains. Si j’ai développé ce point de vue, c’est peut-être à cause de ma formation professionnelle en tant que journaliste: je suis plus intéressé par ce que les gens font que par ce qu’ils disent.

«La politique», disait Bismarck, «c’est l’art du possible». À partir du moment où un pays fonde ses structures politiques sur le consentement du peuple, permettant ainsi le transfert pacifique du pouvoir d’un groupe à l’autre au moyen d’élections démocratiques et régulières, le jeu politique vise surtout à créer et à entretenir des perceptions qui par la suite serviront à la manufacture du consentement, car les partis politiques devront se vanter de représenter le peuple.

Le résultat en est que les partis conservateur, libéral et néo-démocrate ainsi que le Bloc québécois présentent les choses sous le meilleur jour possible, toujours de leur propre point de vue, car l’enjeu primordial pour eux est bien celui de se faire élire. En fait, la première tâche d’un élu est de se faire réélire, tout comme la première tâche d’un fonctionnaire est de perpétuer son pouvoir.

Nous avons un système démocratique solide au Canada, qui a traversé bien des tempêtes. Mais les citoyens n’en sont pas moins à la merci des élus et des fonctionnaires, qui ont manifestement le sentiment mal placé que tout leur est dû, au point qu’ils se greffent sur la société, sans entreprendre le genre de travail productif qui reviennent aux citoyens, et tout en drainant les ressources de l’Etat. En fait, nous sommes mal gouvernés par des bureaucraties inefficaces, inutiles et improductives qui croient que tout leur est permis. Comme un ami m’a dit récemment, «le gouvernement de par sa structure est voué à l’échec.»

Stephen Harper

Stephen Harper

Au cours de la campagne électorale actuelle, je suis moins frappé par la corruption du gouvernement conservateur que par son esprit de puritanisme bien-pensant, sa méchanceté, son populisme, son penchant pour des décisions secrètes, son mépris pour les femmes, sans oublier son mépris pour le Parlement. Les conservateurs ont l’air de se croire autorisés à prendre des décisions secrètes en notre nom, de mentir de la manière la plus flagrante au public, et de faire des erreurs les plus épouvantables, simplement parce qu’ils seraient plus proches de Dieu que le reste d’entre nous. Au moins, dans une démocratie, les citoyens peuvent de temps à autre domper le parti au pouvoir. Les libéraux pourraient surprendre bien des gens, cette fois-ci.

Une manifestation violente en Égypte

Une manifestation violente en Égypte

Quelle différence entre l’expérience que nous vivons au Canada et celle dans nombre de pays en Afrique du Nord et au Moyen-Orient: dans de nombreux cas, les structures politiques y sont fondées sur la primauté ou bien d’un tyran ou bien d’un clan – et force est de constater que ces tyrans et clans n’hésitent pas à massacrer le peuple pour se maintenir au pouvoir. Regardez combien de personnes sont mortes lors de manifestations au cours des derniers mois, entre l’Algérie, la Libye, l’Egypte et la Syrie. Ce que le peuple réclame – plus que toute autre chose, plus encore que la loi islamique – ce sont des structures politiques qui fonctionnent, qui permettent le transfert pacifique du pouvoir d’un groupe à l’autre. En d’autres termes, les peuples d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient réclament des Constitutions transparentes, qui s’appliquent non seulement aux citoyens mais aussi à ceux qui gouvernent.

J’étais fortement en désaccord avec Pierre Trudeau, mais je l’ai néanmoins présenté le soir de son discours sur Charlottetown, en octobre 1992

J’étais fortement en désaccord avec Pierre Trudeau, mais je l’ai néanmoins présenté le soir de son discours sur Charlottetown, en octobre 1992

Je vois une Constitution non seulement comme une série de lois codifiées, comme en France, mais comme un ensemble de lois, coutumes et traditions qui ne sont pas toutes nécessairement écrites. En 1982, Pierre Trudeau a largement réformé la Constitution canadienne, et bien que je sois fortement en désaccord avec certains aspects de cette réforme, la Charte des droits et libertés réussit à articuler les valeurs fondamentales qui motivent le comportement social et politique de mes concitoyens.

La démocratie canadienne émane du peuple, plutôt que des politiciens et des bureaucrates.

¡Viva la Constitución! – I

À la fin de la guerre civile libanaise, je suis passé par les décombres de la ville bombardée de Beyrouth (j’y travaillais sur un documentaire télé portant sur les otages): à la fin de l’hiver, j’y voyais des squatters accroupis dans des bâtiments détruits, en train de se réchauffer les mains autour de feux de camp. Quel cauchemar! Il m’est apparu que, par rapport à ce cauchemar au Liban, le Canada est un pays où rien ne se passe, et c’est très bien ainsi.

Les décombres de la ville ruinée de Beyrouth

Les décombres de la ville ruinée de Beyrouth

Ce souvenir m’est venu à l’esprit cette semaine, car nous voilà au beau milieu d’une campagne électorale fédérale au Canada: personne ou presque ne semble l’avoir remarquée à l’étranger, tandis qu’au Canada même, les électeurs ont sans doute d’autres chats à fouetter. Cette semaine, la tenue  d’un débat télévisé entre les chefs des principaux partis a dû être reportée, afin de respecter le calendrier des matchs de hockey de la Coupe Stanley. Manifestement les citoyens du Québec préfèrent regarder leur équipe préférée – les Canadiens de Montréal – plutôt qu’endurer plusieurs heures de rhétorique sinon d’angoisse politiques.

Aujourd’hui, Gilles Duceppe, chef du parti fédéral ostensiblement séparatiste le Bloc québécois, a déclaré qu’il était important que des amendements à la Constitution soient mis au premier plan, et ce même si le Bloc n’a strictement aucun intérêt à ce que la Constitution soit modifiée.

Les Québécois préfèrent le hockey à la politique...

Les Québécois préfèrent le hockey à la politique...

Quelque chose s’est passé au Canada ces dernières années, ou peut-être devrais-je plutôt dire que quelque chose ne  s’est pas passé. A mon humble avis, il y a eu, depuis le début des années 1960, une lente dégringolade; avec le RIN certains voulaient un Québec indépendant; en 1967, au moment où de Gaulle a lancé son «vive le Québec libre», certains voyaient le Québec en termes de décolonisation – il faut comprendre que l’enjeu français vs. anglais était beaucoup plus important à cette époque là – et là je parle des «Anglais» du Québec; chez le fondateur du Parti québécois René Lévesque, l’indépendance est devenue un projet souverainiste-associationiste, avec une petite nuance apportée par ce ministre péquiste énigmatique (et clandestinement agent de la Gendarmerie royale du Canada), Claude Morin, à savoir l’étapisme; depuis, sous des chefs tour à tour passionnés ou simplement d’un ennui mortel, tels Pierre-Marc Johnson, Lucien Bouchard, Bernard Landry et Pauline Marois, le projet du Parti québécois est devenu un projet d’affirmation nationale sans contenu (un peu comme une girouette, puisqu’il dépend du va-et-vient des sondages), toujours sous le couvert de l’idéal messianique d’un pays souverain.

Vive le Québec libre!

Vive le Québec libre!

Le chef pĂ©quiste Jacques Parizeau parlait d’attraper les QuĂ©bĂ©cois dans un piège Ă  homards, et mĂŞme si j’admire sa candeur – rare chez les politiciens – je ne suis pas fier de voir un de nos chefs chercher Ă  leurrer le peuple Ă  ce point-lĂ . En effet, la discussion autour de la souverainetĂ© aujourd’hui prend l’allure d’une nouvelle non-idĂ©ologie – «le tourne-en-rondisme”.

Une non-idéologie québécoise: le tourne-en-rondisme

Une non-idéologie québécoise: le tourne-en-rondisme

Parlons des réalités. Si nous regardons ce qui s’est passé ailleurs au monde, la Norvège s’est séparée en 1905 de la Suède sans trop de heurts, les deux pays demeurant on ne peut plus viables; avec la Révolution de velours (sametová revoluce) de 1989 en Tchécoslovaquie, les deux entités se sont séparées sans heurts. Quant au Québec, la question est moins de savoir si un Québec indépendant serait viable que de comprendre qu’au fond d’eux-mêmes les Québécois sont majoritairement en faveur de maintenir le Canada, même si c’est un Canada «par défaut» – et ce malgré les inévitables malentendus, déceptions, chagrins, ennuis etc.

En fait, pour moi, la dernière déclaration du chef du Bloc québécois Gilles Duceppe est là pour nous rappeler que la Constitution assure la pérennité d’un pays, de son Etat, de la communauté que nous formons ensemble. Une Constitution n’est pas un simple contrat à faire ou à rompre devant notaire, selon les volontés éphémères du moment. Aussi imparfait soit-elle, écrite ou non-écrite, la Constitution est bien la loi suprême dans une démocratie: de plus, elle énonce cette attitude conscientieuse, disciplinée, vigilante et généralement équitable que je trouve chez mes concitoyens canadiens, y compris forcément les Québécois. Voilà une réalité allant bien au-delà de la rhétorique et des positions politiques.

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Mes racines

Je ne sais pas trop où mettre ce blogue parce que dès le départ j’ai développé des catégories distinctes sur Evidentia telles que l’environnement, la santé et la justice. Ce que je m’apprête à dire tombe dans toutes ces catégories à la fois, mais je me dis que je pourrais classer ce blogue dans la catégorie santé, car le thème du blogue concerne ma vie.

Scène dans les Cotswolds

Scène dans les Cotswolds

En écoutant toutes les histoires de famille, j’ai longtemps eu l’impression, pour une raison bien obscure, que nous étions avant tout d’origine écossaise, et ce, même si mon nom de famille vient de la partie occidentale du comté anglais d’Oxfordshire ainsi que plusieurs autres petits bleds dans les monts Cotswolds du sud-ouest de l’Angleterre (la région de Harry Potter), alors que l’idée selon laquelle nous étions écossais était une valeur solidement ancrée dans la mythologie de famille. Je crois que nous tous, nous venons d’un peu partout, et c’est tant mieux comme ça.

J’ai eu l’idée de faire des recherches sur l’histoire de ma famille, principalement dans le but d’offrir un cadeau de Noël à ma mère, Eleanor Jean Grant Tombs, maintenant âgée de 89 ans: c’est en le faisant, que j’ai découvert que les racines ne sont pas si simples que ça.

Ma mère, Eleanor Jean Grant Tombs

Ma mère, Eleanor Jean Grant Tombs

Bien sĂ»r, nous sommes d’origine Ă©cossaise, mais nous sommes aussi (Ă©videmment) d’origine anglaise: voilĂ  un fait irrĂ©futable qui remonte en ligne droite aux Pères pèlerins du Mayflower et Ă  de nombreux puritains. Si vous ne trouvez pas le mot «puritain» Ă  votre goĂ»t, sachez qu’à l’époque coloniale, mes ancĂŞtres ont dĂ» fuir la thĂ©ocratie tyrannique de Boston, pour aller vivre dans des grottes au Connecticut. Heureusement, des autochtones de la Nouvelle-Angleterre les ont aidĂ©s Ă  y survivre …

Nous faisons également partie de la nation canadienne-française, à la fois au Québec et en Acadie, car notre ancêtre Jeanne Loisel est née à Montréal en 1649, alors qu’un autre ancêtre, Guillaume Trahan, s’est établi à Port-Royal en 1636. Bien que j’apprécie l’aventure étonnante du Québec depuis la Révolution tranquille (qui a commencé au début des années 1960, à quel moment les Québécois francophones ont commencé à se relever), l’Acadie pour moi est un pays ayant été soumis à un véritable génocide, dans les années 1750, lorsque les troupes britanniques ont déporté de nombreux Acadiens vers la Louisiane, les Carolines, la Guyane française, et la France elle-même, sans oublier que de nombreux Acadiens sont morts en mer, lorsque les vaisseaux les transportant de force ont coulé dans des tempêtes au milieu de l’Atlantique.

De plus, je suis d’origine narragangsett et wampanoag (le nom de cette dernière nation se prononce Wampa-NOH-ag), puisque dans mon arbre généalogique j’ai plusieurs ancêtres provenant de ces nations de langue algonquienne, enracinées en Nouvelle-Angleterre. Les Narragansetts vivent dans le Rhode Island, et ont été les premiers à rencontrer l’explorateur italien Giovanni da Verrazzano, en 1524.

Un amérindien Narragansett

Un amérindien Narragansett

Quel mĂ©li-mĂ©lo, me direz-vous! Une chose Ă©trange s’est produite alors que je travaillais lĂ -dessus pour le cadeau de NoĂ«l que j’allais offrir Ă  ma mère, il y a quelques annĂ©es. J’ai finalement acceptĂ© que je ne suis pas un EuropĂ©en transplantĂ© en AmĂ©rique du Nord… Bien au contraire, je suis un genre de terrain d’entente vivant de peuples divers.

J’espère enquêter côté Narragansett et Wampanoag plus tard cette année.

J’ai Ă©tĂ© un tas de fois chez les Inuits au nord du Canada: j’y ai dĂ©veloppĂ© la conviction que les gens peuvent simplement s’entendre, tout en reconnaissant les problèmes historiques vĂ©cus par diffĂ©rentes nations et communautĂ©s. J’aime beaucoup rendre visite aux Inuits: je suis en train de rĂ©aliser un film Ă  ce sujet en ce moment…

Quoi qu’il en soit, je vous tiendrai au courant au fur et Ă  mesure de mes dĂ©couvertes. J’aime l’idĂ©e selon laquelle il n’y a pas une seule façon de faire les choses…